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L’école de Muel en Bretagne a mis en place depuis sept ans l’agenda coopératif de l’OCCE, un outil qui propose des activités permettant aux enfants de se connaître et de connaître leurs camarades. Les résultats sont là : un meilleur climat dans l’école, des élèves plus agréables les uns avec les autres, et de meilleurs résultats scolaires.
Quand François Leroux est arrivé à Muel (Ille-et-Vilaine) il y a dix ans, la gestion des classes était difficile. “Au début, les classes étaient difficiles, je passais beaucoup de temps à gérer les conflits”, explique le directeur de l'école. À cette époque, “les relations entre élèves étaient plus tendues, ainsi que la relation entre certains élèves et les enseignants”, raconte-t-il. Muel est une toute petite commune rurale (un peu moins de 900 habitants), à 45 minutes de voiture de Rennes. Les progrès scolaires et comportementaux que l'on peut constater aujourd'hui ont été réalisés grâce notamment à la mise en place de l'agenda coopératif, un outil proposé par l'Office Central de la Coopération à l'École.
Apprendre à travailler ensemble
François Leroux, a été membre du conseil d'administration de l'OCCE d'Ille-et-Vilaine pendant trois ans ; il croit beaucoup à la pédagogie coopérative. “Pour pouvoir travailler ensemble, il faut une certaine estime de soi et des autres. Et, à l'inverse, coopérer favorise l'estime de soi et des autres. Les deux sont vraiment liés”, explique-t-il. À Muel, sept ans après la mise en place de l'agenda, “la différence est claire en termes d'écoute de l'autre, d'acceptation des différences, d'attitude face aux autres”, constate le directeur. L'agenda coopératif se présente comme un agenda classique, mais avec des activités additionnelles : chaque jour une activité courte, à faire le matin, et une question à se poser en fin de journée : qu'as-tu réussi aujourd'hui ? Comment te sens-tu aujourd'hui ?… À cela s'ajoute chaque semaine une activité longue. “Souvent, les enseignants ne font pas tout dans l'agenda. L'important est qu'il y ait tout de même une pratique régulière, notamment le matin à l'accueil”, souligne Sylvie Marchais-Terré, animatrice départementale de l'OCCE d'Ille-et-Vilaine.
Exprimer ses différences
Aujourd'hui, comme chaque lundi, les enfants de la classe de CM1-CM2 de François Leroux commencent leur semaine d'école par l'activité du bonjour. “Qui rappelle les règles ?”, demande l'enseignant. Les enfants énumèrent les règles de l'activité : “On doit se présenter.” “Dire bonjour.” “Dire une phrase de l'agenda coopératif.” “Ne pas interrompre.” “Ne pas faire de commentaires.” “Ça reste confidentiel.” “Est-ce qu'on est obligé de parler ?”, demande François Leroux . S'ils n'ont pas envie de s'exprimer, les enfants peuvent dire : “Joker !” L'enseignant commence puis envoie le ballon-terre à une élève qui a levé la main. “Bonjour, je m'appelle X. Ce que j'aime à l'école, c'est faire des arts plastiques.” Elle passe le ballon-terre à un autre enfant qui se présente à son tour et indique ses préférences. Certains aiment jouer, d'autres faire des activités sportives, etc. “Au début ils disent tous la même chose, ils sont beaucoup dans le mimétisme. Il faut du temps avant qu'ils osent exprimer leurs différences”, constate François Leroux. “Est-ce que certains auraient voulu dire quelque chose mais n'ont pas eu la parole ?”, demande- t-il.
Plusieurs élèves lèvent la main et s'expriment à leur tour. Puis tout le monde s'assied en cercle. À la fin de chaque activité, un temps de discussion permet à chacun d'exprimer son ressenti. “À quoi ça sert et qu'est-ce qu'on a appris ?”, leur demande l'enseignant. “À connaître les autres et savoir ce qu'ils aiment”, répond l'un ; “À découvrir leurs qualités”, dit un autre ; “À la récré, je suis toujours avec mes copines. Là je découvre d'autres personnes de la classe”, répond une autre encore.
Travailler sur la confiance
Les activités quotidiennes proposées par l'agenda coopératif permettent aux élèves de s'exprimer, comme le “quoi de neuf”, mais pour François Leroux, elles sont beaucoup plus riches : “Avec les activités de l'agenda, tous les élèves ont l'occasion de s'exprimer tous les jours dans un cadre commun à tous. C'est important notamment pour les petits parleurs qui peuvent être en difficulté au quotidien à l'oral et pour d'autres apprentissages.”
Parmi les autres activités quotidiennes proposées dans l'agenda, on trouve par exemple le jeu du “ceux qui comme moi aiment”. Le principe est qu'un enfant prend la parole et indique ce qu'il aime, puis ceux qui partagent son goût avancent d'un pas. D'autres activités courtes consistent à faire un compliment à un camarade, à se fixer un défi, etc. “L'objectif de l'agenda est d'instaurer un climat meilleur dans la classe et de développer l'estime de soi, précise Sylvie Marchais-Terré. Le jeu ceux qui comme moi aiment, par exemple, permet de s'affirmer dans un groupe, de parler de soi. Dire ce que l'on est et voir qu'en face d'autres partagent les mêmes goûts participent à l'estime de soi. Pour les défis aussi, ou encore le fait d'avoir son temps de parole en tant que personne. Tout le monde a forcément quelque chose à dire et il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse.”
À l'OCCE on ne parle jamais seulement d'estime de soi. “Le mouvement est basé sur les valeurs de la coopération donc, quand on parle d'estime de soi, on parle aussi d'estime des autres, poursuit l'animatrice. Le fait d'instaurer des règles d'écoute, de respecter la parole de l'autre, de ne pas commenter ni juger contribue à renforcer cela.”
Apprendre les valeurs de coopération
Parmi les activités longues, pratiquées une fois par semaine, le bingo est l'une des favorites de François Leroux car elle permet des interactions entre tous les élèves. En amont de l'activité, les élèves ont rédigé des phrases du type : “Je rêve de devenir un grand joueur de badminton”, “J'aime Lire des romans”, “Je rêve d'aller dans une île paradisiaque”, etc. Pour cette activité, chaque élève est muni d'une grille comprenant toutes les phrases rédigées en classe et doit compléter sa grille en interrogeant ses camarades – il doit faire attention à la formulation des questions. Lorsqu'il a trouvé un élève qui répond oui à la question, il note son nom dans la grille.
Il ne doit inscrire qu'une seule fois le prénom de chaque camarade et doit également répondre lui-même à une question. Après une petite révision des différentes formules de questionnement et des règles à observer, les élèves se dispersent et vont s'interroger les uns les autres. “Le bingo permet d'apprendre à se connaître, à connaître les différences et à les respecter. On peut se rendre compte que l'on est différent de quelqu'un qu'on apprécie beaucoup ou que l'on a des points communs avec quelqu'un que l'on n'appréciait pas. Comme on est obligé de ne faire signer qu'une fois chaque enfant, ça oblige à aller vers le plus grand nombre”, explique François Leroux.
La difficulté est évidemment de faire “tenir” ces activités dans un emploi du temps déjà bien chargé. “On pourrait croire que cela oblige à en faire plus. En réalité il faut faire à la place”, suggère François Leroux qui a choisi de pratiquer beaucoup d'activités coopératives en première période pour fédérer le groupe. Pour cela, il mobilise un créneau de sport. Il fait ensuite davantage de sport en deuxième période, puis à nouveau plus d'activités coopératives en troisième période. Ce temps s'intègre par ailleurs dans le temps dédié au français et au travail autour de la langue orale.
“C'est souvent perçu comme du temps hors programme par les enseignants, mais quand ils commencent à utiliser cet outil, ils s'aperçoivent que cela crée un climat de classe qui peut leur faire gagner du temps pour l'entrée dans les apprentissages. Cela fait aussi travailler beaucoup de compétences, en particulier l'expression orale”, précise Sylvie Marchais-Terré. À chacun aussi de piocher dans cet outil ce qui l'intéresse. “On ne livre pas de projets clés en main, ce sont vraiment les enseignants qui construisent à partir des outils et on les accompagne”, souligne l'animatrice.