Et si le bien-être à l'école passait par l'apprentissage de l'estime de soi ? Et si pour apprendre correctement, le lien enseignant/élève se devait d'être harmonieux et bienveillant ? Et si, en plus des enseignements classiques, apprendre aux enfants à reconnaitre et exprimer leurs émotions en était la clé de voûte ?
Traditionnellement, lorsqu'un professeur a un souci avec un élève qui est dissipé ou n'écoute pas, celui-ci lui demande d'arrêter, voire le puni. Ces comportements sont dus à une méconnaissance des découvertes des sciences cognitives de la part du corps enseignant. En effet, on a longtemps pensé que punir ou humilier un enfant permettait de le faire progresser alors que, d'après les neurosciences, c'est tout le contraire. Rebecca Waller de l'Université d'Oxford a examiné 30 cas qui étudiaient les éducations punitives et sévères chez les enfants et les adolescents. Elle a montré que contrairement à ce que l'on pensait, ce genre de pratiques les rend plus durs, insensibles, anxieux, dépressifs, violents ou délinquants. Les éducations punitives ont donc l'effet inverse que ce que l'on croyait.
Vers une éducation bienveillante
Les maitres sont formés pour transmettre des savoirs mais n'ont guère appris l'importance de la qualité de la relation. Résultat, à partir du moment où l'on dit à un enfant que ce qu'il fait n'est pas bien, que ses notes sont mauvaises l'envie d'apprendre s'estompe. « Il y a des techniques prouvées scientifiquement pour apprendre », nous explique la pédiatre Catherine Gueguen. "Il s'agit des techniques psycho-émotionnelles qui viennent des neurosciences affectives et sociales. Celles-ci sont très différentes des neurosciences cognitives. Ces dernières sont apparues dans les années 70 et étudient les mécanismes cérébraux et l'apprentissage. Les neurosciences affectives et sociales, quant à elles, sont très récentes : elles datent de la fin du XXe siècle et étudient les mécanismes cérébraux des émotions et des relations affectives et sociales. Un élève qui ne se sent pas bien à l'école faute d'une mésentente avec son enseignant, est bien souvent confronté à l'échec scolaire. En revanche, lorsqu'il est félicité et encouragé, l'enfant apprend beaucoup mieux. Lorsqu'un adulte est empathique, bienveillant, soutenant et encourageant, on remarque que l'hippocampe qui gère apprentissage et mémoire se développe harmonieusement. A l'inverse, si l'on dévalorise un enfant, cet hippocampe va diminuer de volume et les apprentissages seront plus difficiles. L'écoute et la compréhension sont essentielles.Le dénigrement est donc à bannir. En effet, il laisse croire à l'enfant qu'il ne possède aucune valeur, aucune compétence. C'est ainsi que dans un climat de bienveillance, l'enseignant doit encourager l'enfant, et ce, même s'il s'est trompé. Lui dire "Bravo je vois que tu as fais beaucoup d'efforts pour apprendre telle ou telle chose, pour faire un devoir, un dessin…"".
"L'enfant voit que ses capacités sont malléables et perfectibles et qu'il est dépendant de l'effort qu'il fournit" explique Catherine Gueguen et de compléter, "On apprend ainsi à l'enfant que rien n'est inné mais que tout s'acquière pas le travail. C'est le rôle de l'école que d'apprendre cela. La valeur travail est une valeur très importante".
Ce changement de regard et d'attitude ont pour effet de créer un climat de sécurité émotionnelle. De ramener la sérénité en classe. De décupler la créativité et l'apprentissage des enfants.
L'éducation bienveillante ne signifie en aucun cas laxisme. Devant un comportement inadéquat, l'enseignant doit savoir recadrer l'élève tout en prenant en compte le fait qu'un enfant, étant immature, doit tout apprendre et comprendre, et ses émotions se doivent impérativement d'être prises en compte. "Ce n'est absolument pas naïf de développer les compétences et les capacités d'un enfant dans la douceur, la compréhension, le respect, l'affection… c'est tout à fait compatible avec l'acquisition des savoirs et cela amplifie l'apprentissage", explique le psychiatre et psychothérapeute Christophe André, "Un environnement violent nous habitue à naviguer dans cette violence, à parfois la restituer. La pédagogie bienveillante va faire de meilleurs élèves et, par la suite, de meilleurs citoyens".
Apprendre à l'enfant à reconnaitre ses émotions
Pendant longtemps les émotions étaient considérées comme perturbatrices. Savoir exprimer ses émotions, bien les connaitre va permettre une bonne connaissance de soi et donc une bonne estime. Les émotions influencent notre vie toute entière : penser, aimer, agir. Et savoir exprimer ses émotions calme le système limbique, là où siègent nos émotions. L'estime de soi, c'est s'aimer. Comprendre que l'on a du potentiel et que l'on peut réussir des tas de choses. Pour ce faire, l'enfant doit apprendre à reconnaitre ses émotions, les comprendre et les partager sans craindre le jugement des autres. Il est nécessaire que l'enseignant encourage l'enfant à s'exprimer librement et en toute confiance. À faire confiance aussi bien à son professeur qu'à ses camarades. Dans ce climat de confiance, le jugement n'est plus de mise. En apprenant à se respecter on respecte l'autre. La qualité du lien est très importante pour apprendre à partir de la joie et non de la peur.
Le respect est un sentiment d'égard envers soi-même ou envers quelqu'un d'autre qui se manifeste par une attitude bienveillante. Pour se respecter, et de fait, respecter autrui, il est indispensable de s'aimer suffisamment. L'estime de soi se construit à partir de différentes sources.
L'enseignant doit apprendre à l'enfant à :
- Exprimer ses besoins et ses émotions ;
- Définir ce qu'il aime faire et réussit ;
- Etre satisfait et fier de ce qu'il fait même s'il s'est trompé ;
- Ne pas avoir peur du jugement d'autrui ;
- Apprendre à s'affirmer sans agressivité ;
- Ne pas se juger sévèrement et être compatissant à son égard et à l'égard des autres ;
- Savoir apprécier et féliciter ses camarades ;
- Cesser de se comparer aux autres.