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Photographie d'illustration avec des enfants écrivant et dessinant en classe

© Christian Schwier / Fotolia

Enseigner en multiniveaux est une expérience très riche et très intense, mais souvent mal perçue par les enseignants débutants, voire les parents. Il est vrai que c’est déstabilisant de se retrouver confronter à trois ou quatre niveaux d’enfants voire plus. Beaucoup de questions surgissent, propres au métier d’enseignant et parfois propres au multiniveaux. Comment gérer les différences de niveau ? Quel groupe ‘’privilégier’’ et à quel moment ? Comment mettre tout le monde en activité en même temps ?

Accepter de prendre le temps

Là où les programmes demandent d'aller toujours plus vite et plus loin, il faut accepter de se donner du temps et d'en donner aux élèves. Cela permet de faire les choses sereinement et avec plaisir car chacun est déculpabilisé. Cela contribue aussi à créer une bonne ambiance de classe. Cela vaut autant pour une classe multiniveaux qu'une classe mono-niveau.

Multiniveaux synonyme de multi-travail ?

La pratique de classe en multiniveaux est souvent appréhendée par les collègues de manière très négative car ils estiment que la quantité de travail à produire est double, triple ou quadruple (selon le nombre de niveau) par rapport à celle fournie par un collègue n'ayant qu'un seul niveau. Or, beaucoup d'activités peuvent et doivent même être faites en commun. Sont particulièrement concernés les sciences, l'histoire, la géographie, le chant, la poésie. Multiniveaux ne veut absolument pas dire multi-leçon, multi-exercice, multi-emploi du temps car immanquablement, on s'éparpille et on se perd. Il est possible de faire faire le même travail à une classe multiniveaux. Le point essentiel pour l'enseignant est de savoir ce qu'il attend de chaque niveau (ce que chacun doit assimiler). Ainsi, l'enseignant pourra moduler son niveau d'exigence. Lorsqu'on propose en littérature un texte puzzle, on demandera aux élèves de CE2 de découper les différents morceaux afin de permettre la manipulation, tandis que les CM devront notamment repérer les connecteurs temporels. Et si le texte puzzle concerne le même extrait, le nombre de morceaux ne sera pas le même selon les niveaux.

Le travail de groupe, un outil essentiel

Le travail de groupe est un élément essentiel de l'enseignement et il a toute sa place en multiniveaux. En effet, le multiniveaux a une grande force : les enfants apprennent énormément de leurs camarades, surtout des plus âgés. Ce sont des moments où les élèves partagent et échangent des idées ou des astuces voire des explications indispensables. Il permet d'utiliser et de mettre en valeur les compétences de chacun. Prenons une séance de Sciences où il est demandé de réaliser une expérience puis un schéma explicatif de la procédure suivie. L'élève de CE2 pourra donner ses idées tout autant que les plus grands et participer à l'expérience. Les CM2, eux, seront plus à même de réaliser la trace écrite (le schéma) et de synthétiser les idées énoncées. L'élève de CE2 pourra ainsi se concentrer sur une seule tâche.

Mettre tout le monde en activité

Arriver à mettre tout le monde en activité et pouvoir s'accorder du temps indispensable avec chacun des groupes relève souvent du jonglage. Cela peut s'avérer épuisant voire frustrant car une activité mal lancée peut tout compromettre. Cela se joue dès le début de la journée de classe. Il est très important d'avoir des moments ritualisés, ils constituent des repères indispensables pour les élèves. Commencer chaque journée de la même manière permet aux élèves de savoir ce que chacun doit faire. Ce sont les premiers jalons de l'autonomie.

Les rituels peuvent être très variés : commencer chaque séance de français en conjuguant un verbe, commencer le créneau de mathématiques en faisant un/des calcul(s), en reproduisant une figure ou encore en faisant le nombre du jour. Par exemple, tous les matins, un nombre différent est écrit au tableau pour chaque niveau (différenciation dans le niveau mais même activité pour tout le monde). Il s'agit de recopier le nombre sur le cahier du jour, de l'écrire en lettres puis de le décomposer. Enfin, l'élève doit écrire le nombre précédant et le nombre suivant. Les CE2 mettront plus de temps à le faire en début d'année. Cela laisse alors le temps d'expliquer le travail aux CM qui seront ensuite en autonomie, dès que les CE2 auront terminé le nombre du jour.

Développer l'autonomie

Mettre tout le monde en activité suppose aussi un bon dosage du travail, que ce soit en terme de quantité ou en terme de difficulté. Il vaut toujours mieux en donner un peu plus (pour les élèves si rapides et efficaces … et toujours demandeurs). Le niveau de difficulté doit être adapté  car un travail donné en autonomie doit pouvoir permettre à l'enfant de le faire seul, sans l'aide de l'enseignant. Cela suppose donc de donner un travail de réinvestissement avec des consignes claires.

Chez les plus grands, l'utilisation du tableau est essentielle : il permet de noter chaque jour l'emploi du temps, d'y repérer d'une pastille de couleur les moments consacrés à tel ou tel groupe et qui signifie “l'enseignante n'est pas disponible (pour moi)”, d'y ajouter les numéros et pages d'exercice, les consignes ou encore les activités en autonomie proposées. Chacun sait ainsi ce vers quoi il doit aller.

Il faut aussi s'appuyer sur les plus grands élèves, les “habitués” qui sont là pour aider les plus jeunes quand le fonctionnement n'est pas encore établi pour eux. Il faut faire confiance à ces “grands”. Mélanger tous les élèves quel que soit leur niveau d'âge est alors porteur de sens. Chaque îlot a à sa tête un "ancien”, qui veille à expliquer ou à aider si besoin. D'une part, cela dégage du temps et de l'énergie. D'autre part, cela responsabilise et rend fier ces grands élèves.

 Céline Le Gourriérec est enseignante en classe multiniveaux cycle 3.

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