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Analyse thématique, La salle des profs Nathan, le corps dans les apprentissages

À l’école maternelle, le corps de l’enfant est à la fois le "coeur" et "au coeur" des apprentissages. Son développement harmonieux est essentiel. Quelle éducation corporelle envisager pour offrir à l’enfant les meilleures possibilités d’interaction avec le monde ?

Une éducation corporelle spécifique, telle qu'elle doit être idéalement réalisée à l'école maternelle, ne saurait se réduire aux seules activités sportives, trop liées à la notion de performance. C'est une approche plus fondamentale qui permet à l'enfant de mieux s'adapter à son environnement, alors que son mode de vie actuel offre rarement les conditions, naturelles, de son développement. Bien qu'il soit nécessaire de distinguer pour les besoins de l'analyse les différents axes de cette éducation, il convient d'insister sur leur complémentarité et leur simultanéité : les pouvoirs d'action, de perception, d'expression et de repérage dans l'espace et dans le temps se renforcent mutuellement au cours du développement de l'enfant.

Du moteur au cognitif

L'éducation motrice, qui permet une meilleure maîtrise de la locomotion et de la manipulation d'objets, repose sur la construction d'un vocabulaire moteur de base, sur des acquisitions gestuelles et des montages d'automatismes libérant l'enfant de certaines contraintes d'exécution et renforçant sa capacité d'adaptation à l'environnement. En milieu aménagé, l'enfant sera invité à réaliser des déplacements simples (ramper, marcher) ou plus difficiles (franchir des obstacles, sauter en hauteur ou en contrebas), en associant ou en dissociant les actions. Il enchaîne ainsi des phrases d'actions motrices que l'enseignant variera en fonction des réponses des enfants. De nombreuses actions interviennent aussi dans la manipulation d'objets, porteurs d'apprentissages moteurs mais aussi cognitifs (on lance, on attrape, on jongle, mais on nomme une couleur, une grandeur, un volume). La motricité fine est également concernée, là où interviennent des gestes tels que découper, enfiler, tracer, etc. L'éducation motrice ainsi envisagée fait nécessairement intervenir l'articulation corps/langage : l'enseignant conduit l'enfant à parler de l'expérience vécue, le faisant passer du percept au concept. Les capacités perceptives sont des compétences que l'école aide à développer et dont l'enfant prend peu à peu conscience : l'approche sensorielle, bien travaillée en maternelle la plupart du temps, s'accompagne du développement du sens kinesthésique. Dans l'approche sensorielle, l'enseignant est un médiateur, agissant sur la richesse des stimulations proposées et sur la construction de la signification de ce qui a été ressenti. Il propose des situations offrant à l'enfant la possibilité d'explorer les qualités tactiles des objets, leurs formes, leurs caractéristiques visuelles, leur mode d'être sonore ou relatif au goût. L'enseignant se gardera toutefois de parcours sensoriels trop riches, accordant du temps à la verbalisation pour permettre à l'enfant de construire les opérations mentales de base (classer, identifier, discriminer). L'objectif est de le faire avancer, grâce à l'expérience corporelle, d'une perception quantitative et globale à une perception plus qualitative et analytique. Le seul travail sur le mouvement ne suffit pas à faire émerger la conscience de soi. La mémoire motrice, condition de sa stabilité, passe par la verbalisation de la sensation interne, présente dans l'action, mais aussi dans l'inaction (la détente, la relaxation), lorsque des comportements d'écoute, d'attention et de concentration sont demandés à l'élève, que l'enseignant observera de façon globale.

Le rapport à soi et aux autres

À la base des capacités d'expression et de communication, l'équilibre et la coordination sont essentiels et favorisent la construction de l'identité et le rapport aux autres. Les situations qui permettent de faire vivre à l'enfant le lien entre équilibre corporel (régulation du tonus) et équilibre psychique (régulation des émotions) développent ses capacités d'adaptation. La coordination de ses mouvements évoluant, il peut alors opérer des ajustements gestuels fins de façon efficace et rapide, réguler son tonus (faire la statue), être capable de dissociation segmentaire (autonomie de mouvement d'une seule partie du corps par rapport à l'ensemble), prenant ainsi conscience des diverses sensations en jeu, surtout lorsque l'imprévu implique une adaptation rapide et efficace. Enfin, la relation que l'enfant va entretenir avec les notions d'espace et de temps se construit selon un continuum respectant les étapes du corps, espace et temps vécus, perçus, puis représentés et connus. Si le tout-petit jusqu'à deux ans élabore ses repères dans l'action présente (espace lié à la locomotion, temps lié à l'alternance jour/nuit), l'enfant entre deux et sept ans devient capable de distinguer le passé du présent, le présent et l'avenir proche. Il continue toutefois d'interpréter le temps en fonction du contenu de ses actions et de son investissement affectif dans celles-ci. Ce n'est que peu à peu, avec le processus de décentration (prise de conscience, mise en mots) et grâce à la médiation pédagogique, que se fait la construction de l'espace et du temps, schèmes de compréhension du monde, de structuration de la pensée et d'affirmation de l'autonomie de l'enfant.

Espace et temps

Dans cette construction, l'enseignant a le rôle d'un accompagnateur, qui nomme les différentes notions propres à l'espace qu'il aide ainsi à structurer : l'occupation de l'espace, les relations (dans, sur, entre, devant, derrière, etc.) qui le constituent dans le rapport aux objets ainsi que la relativité de celles-ci (plus ou moins loin que...), l'orientation, les idées de points de vue et de perspective. Souligné de ponctuations temporelles, l'espace de la classe donne l'occasion d'appréhender le temps, notion plus difficile à percevoir pour l'enfant notamment en raison de sa charge affective (l'attente, le sentiment de la durée). Comprise au travers de relations d'ordre, de durée, de simultanéité et de causalité, cette notion s'acquiert peu à peu par la mise en place d'une organisation temporelle et ritualisée dans la classe, mais aussi par l'exécution de parcours de motricité, de jeux ou de danses, faisant intervenir l'irréversibilité, la vitesse, la durée, le rythme. Ces relations temporelles font intervenir un vocabulaire précis que l'enfant mémorise en relation avec les actions réalisées, et qu'il peut par la suite mobiliser. À l'école maternelle, l'enfant va apprendre son corps pour apprendre tout ce qui n'est pas lui. L'éducation corporelle repense le corps comme condition et moyen de tous les apprentissages, sa finalité est d'accompagner l'enfant dans ses découvertes motrices pour mieux libérer ses capacités intellectuelles. Le mouvement étant le mode d'expression privilégié du jeune enfant, le plaisir de l'expressivité favorisera son développement. L'enseignant de maternelle a donc pour première tâche de concevoir des situations d'apprentissage où l'enfant pourra agir, expérimenter, jouer ; à partir de quoi l'enfant accède au sens de ce qu'il fait, expérimente, joue, grâce à la médiation bienveillante de l'enseignant.

Béatrice Foucteau, Professeur d'EPS, IUFM de Poitiers

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