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L’association Et Colégram, implantée à Bourgoin-Jallieu, récupère auprès des industriels différents matériaux destinés à être jetés, et leur donne une seconde vie artistique. Tous les mardis, des classes sont invitées à découvrir les activités et le local de l’association, qui regorge de trouvailles en tous genres.
C'est au coeur d'une ancienne friche industrielle que l'association Et Colégram a installé son local. Quand on arrive à Bourgoin-Jallieu depuis Lyon, on comprend vite d'où vient son activité : tout le long du trajet, les usines se succèdent de façon presque ininterrompue. “L'Isère est une ancienne région textile, à proximité de Lyon mais aussi de Roanne et Tarare qui étaient des hauts lieux de la création et de la fabrication textile. C'est grâce à cette richesse industrielle que l'association a pu être créée”, explique Liliane Fiorio, la fondatrice et responsable de l'association.
Un terrain de découverte
Liliane Fiorio a créé Et Colégram il y a vingt ans tout juste, en 1993. L'association compte aujourd'hui 6 salariés et visite régulièrement plus de 300 entreprises auprès desquelles elle récupère voilages, fils, chutes de bois, plastiques, objets métalliques, papiers, etc. Son local est une étonnante caverne d'Ali Baba comme aime à le qualifier la responsable.
C'est aussi un terrain de découverte idéal pour les enfants. L'association reçoit ainsi tous les mardis des classes pour leur faire découvrir ses activités et les différents matériaux qu'elle récupère. “Les enfants vont généralement dans des lieux qui leur sont réservés. Le but de ces visites scolaires est de les faire entrer dans le monde de l'entreprise”, explique Liliane Fiorio. L'objectif est aussi que les enfants comprennent et identifient les différentes variétés de déchets. “C'est pourquoi ils touchent beaucoup et trient la matière”, ajoute la responsable.
L'école qui visite le local de l'association aujourd'hui a été invitée car elle est située à deux pas. Mais bien souvent, ce sont les écoles qui contactent l'association. Chaque visite commence par un petit rappel sur l'environnement. Les enfants sont invités à s'asseoir en cercle et à se présenter. La responsable leur explique ensuite qu'ils sont dans une association qui s'occupe des déchets.
“Qu'est-ce qu'un déchet ?”, leur demande t-elle. “Des trucs à jeter”, répond un enfant. “Mais là on le récupère”, ajoute une petite fille dont la maman connaît bien l'association. Liliane Fiorio sort ensuite trois poubelles, chacune équipée d'un sac de couleur différente – vert, blanc et noir – et une grande poubelle où elle a placé des déchets en vrac. “Pourquoi ai-je trois poubelles et pas une seule ?” Les enfants n'en savent trop rien. “On appelle cela trier”, leur explique-t-elle, puis elle leur présente des objets (un paquet de pâtes, une brique de lait, de la mousse, etc.) et ils doivent trouver s'ils se recyclent ou non, et dans quelle poubelle ils iront. “Ici on s'occupe des déchets qui arrivent des usines”, précise la responsable. “Est-ce que vous arrivez d'une usine, vous ?” “Non !”, répondent les enfants. “Tout ce qui a un coeur qui bat ne vient pas d'une usine. Maintenant, on va aller visiter un endroit où on s'occupe de ce qui arrive des usines”, poursuit-elle.
Vivant et non-vivant
Les enfants entrent dans le local. Le joyeux mélange de couleurs capte leur attention ; ils jettent des regards curieux en direction des rayons. “Voilà tous les trésors que l'on a trouvés dans les usines. Mais ce sont des déchets quand même. Tout cela allait être jeté”, souligne Liliane Fiorio.
La visite du local sera pour plus tard. “D'abord, on va vous demander un service. On a un camion qui vient d'arriver ; est-ce que vous voulez bien nous aider à trier les objets qu'il contient ?”, demande-t-elle. Les enfants sont partants ; ils passent dans le hangar où les attend une camionnette avec son chargement. Tout le monde s'active pour trier, et la camionnette est rapidement vidée, puis chaque caisse vérifiée avec l'enseignante et la responsable.
“Le tri et le respect de la nature font partie de notre projet d'école, mais nous n'avons pas encore lancé d'action. La séance d'aujourd'hui peut servir à impulser le travail”, commente Karen Rattuga, enseignante à l'école maternelle des Lilattes, qui a amené ses élèves de grande section. “À partir de là, on va pouvoir faire un travail sur le tri, sur les différents matériaux, les déchets, et la différence entre le vivant et le non-vivant.” La visite permet aussi à l'enseignante de motiver les enfants : “En classe, on trie déjà les papiers et on aura bientôt la poubelle jaune, mais leur intérêt pour le tri est limité”, ajoute-t-elle.
Des trésors insoupçonnés
Retour dans le local pour une visite de la fameuse caverne d'Ali Baba. “On a le droit de mettre les mains partout, mais on ne dérange pas”, prévient la responsable. Les enfants passent dans les rayonnages et explorent leur contenu. Régulièrement, l'un d'eux s'exclame : “C'est joli !” Les rayons sont organisés par matériau et présentent des idées de ce que l'on peut réaliser à partir des éléments récupérés : avions en boutons de portes et pinces à cheveux, costume en armatures métalliques et voilages, lanterne en barquette de framboises, etc. La visite commence par les tissus. Chaque rayon est l'occasion de découvrir tout un vocabulaire spécifique, comme ici la dentelle, la mercerie, etc.
Les enfants passent ensuite par le rayon du bois, puis font un arrêt dans le coin sonore. Différents matériaux – carrelage, métal, bois, etc. – ont été disposés sur de la mousse. Armés de baguettes, les enfants essayent chacun à leur tour ou en duo ces instruments insolites et découvrent ainsi les différentes sonorités des matériaux. Liliane Fiorio sort ensuite un “vague et vient”, conçu avec une chute de véranda et des graines : quand on l'incline, il imite le bruit des vagues. Elle demande aux enfants de fermer les yeux, et actionne un tuyau qui imite le bruit des mouettes, tout en soufflant dans un rouleau en carton qui fait un son de corne de brume. Les enfants doivent s'imaginer au bord de la mer.
Après un passage par le plastique et le papier, la visite du local se termine. Les enfants passent dans une salle annexe, où ils vont maintenant expérimenter la création éphémère à partir des divers matériaux qu'ils ont découverts. Tissu, mousse, carton, plastique, etc. ont été triés et placés en tas dans différents coins de la salle. Les enfants emboîtent, empilent et assemblent ces matériaux en des créations originales, d'abord sans les mélanger. Dans un deuxième temps, ils peuvent associer les différents matériaux, sans oublier avant de partir de tout replacer par famille.
Pour Karen Rattuga, leur enseignante, l'objectif de cette journée est que les enfants repartent “en se disant que l'on peut faire des choses avec des objets qui étaient destinés à partir à la poubelle, et même de belles choses”. La visite permet aussi “d'encourager le devenir citoyen en montrant que l'on n'a pas forcément besoin de jeter ou d'aller dans un magasin pour acheter du neuf”, souligne-t-elle. L'enseignante envisage de revenir acheter des matériaux pour un projet permettant de réinvestir ce que les enfants ont vu aujourd'hui. “On va pouvoir piocher pleins d'idées pour cette année et les suivantes”, se réjouit-elle. Avant le départ, tout le monde se retrouve une dernière fois. “Qu'est-ce que vous avez pensé de cette caverne d'Ali Baba ?”, leur demande Liliane Fiorio. Les enfants ont “bien aimé les objets”.
“J'ai envie de vous poser une question. Comment cela s'appelait, tout ça ?”, termine-t-elle. “Des déchets”, répondent en choeur les enfants. “Vous vous souvenez que tout ça devait aller à la poubelle normalement. La prochaine fois que vous jetterez quelque chose en classe ou même à la maison, vous pourrez vous demander d'abord si vous ne pouvez pas vous en resservir, en faire quelque chose.”