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En janvier 2025, nous avons lancé une recherche collaborative intitulée « Découvrir le fonctionnement du cerveau pour mieux apprendre » à destination des classes de CP, CE1 et CE2 dont l’objectif était de mesurer l’impact de 12 séances pédagogiques autour du fonctionnement du cerveau. En voici les résultats.
Retour sur la recherche menée
La recherche a été menée auprès de 162 classes francophones de CP, CE1 et CE2, ce qui représente près de 3000 élèves ! Nous souhaitions tout d’abord tous les remercier pour leur participation.
Dans le cadre de cette recherche, nous avons proposé aux classes de tester 12 séances pédagogiques clé-en-main, créées conjointement par trois enseignants Pauline Campos, Emilie Decrombecque et Jérôme Hubert et Grégoire Borst, chercheur en neurosciences et psychologie. Cette création pluridisciplinaire nous a permis d’aboutir à des séances validées scientifiquement et adaptées au rythme et aux contraintes d’une classe de cycle 2. Chacune des 12 séances durait environ 45 minutes était composée d’éléments théoriques, mais aussi d’activités ludiques permettant une mise en pratique des différents contenus pour un meilleur apprentissage. Les séances portaient sur 5 grands axes :
Le cerveau
1. Un organe utile au quotidien
2. Les fonctions et la plasticité du cerveau
L’attention
3. Le fonctionnement de l’attention
4. Apprendre à ajuster son attention
5. Les distracteurs
Les fonctions exécutives
6. L’inhibition
7. La flexibilité
8. La mémoire de travail
La mémorisation
9. Mémoires à long terme
10. Stratégie de mémorisation
Les compétences psychosociales
11. Les émotions
12. Bien vivre ensemble
Afin d’évaluer la portée de ces douze séances, nous avons évalué, à plusieurs reprises, les connaissances des élèves sur le fonctionnement du cerveau, leur rapport à l’intelligence, ainsi que leur motivation. Nous avons également évalué les compétences métacognitives des élèves par le biais d’un questionnaire complété par les enseignants, ainsi que les pratiques pédagogiques des enseignants.
Enfin, de façon à pouvoir mesurer l’impact de ces séances pédagogiques sur nos différentes mesures, nous avons comparé l’évolution d’élèves les ayant suivies, à l’évolution d’élèves ne les ayant pas suivies. Ainsi, si tous les élèves passaient les évaluations (afin de pouvoir mesurer l’évolution de leurs compétences au cours du temps), seule la moitié des classes menait les séances pédagogiques (les autres classes ont ensuite eu accès aux séances pédagogiques, une fois l’expérimentation terminée).
Les résultats obtenus
Voici les résultats obtenus au cours de cette expérimentation, en fonction des différentes mesures.
Les connaissances des élèves sur le fonctionnement du cerveau
Dans cet exercice, les élèves devaient juger la véracité à 8 affirmations d’ordre général sur le fonctionnement du cerveau (ex : « C’est le cerveau qui te dit quand tu as faim. Vrai ou faux ? »).
Avant l’intervention pédagogique, les élèves des deux groupes avaient un nombre de bonnes réponses équivalent. En revanche, suite à l’intervention pédagogique, si les élèves n’ayant pas suivi d’intervention pédagogique ont légèrement augmenté leurs performances, on observe surtout que les élèves ayant suivi les 12 séances en classe ont, quant à eux, significativement augmenté leur nombre de bonnes réponses. Ainsi, les résultats montrent que suite à l’intervention pédagogique, les élèves ayant bénéficiés des séances sur le cerveau ont une meilleure connaissance de celui-ci, par rapport aux élèves n’ayant pas suivi d’intervention spécifique.
Le rapport à l’intelligence des élèves
Cette mesure s’est faite par le biais de trois questions et avait pour but d’évaluer la conception de l’intelligence des élèves. Selon C. Dweck, deux conceptions de l’intelligence coexistent :
- La conception malléable de l’intelligence : il s’agit de voir l’intelligence comme une capacité dynamique qu’on peut développer avec des efforts, de la persévérance ou encore de l’optimisation de stratégies. L’échec est vu comme une occasion d’apprendre et de progresser.
- La conception fixiste de l’intelligence : ici, l’intelligence est vue comme une capacité innée que l’on possède, ou non, dès la naissance et qui ne peut pas évoluer. On va donc se tourner vers des tâches qu’on maîtrise déjà, pour éviter l’erreur qui serait vue comme la preuve d’un manque de compétences.
L’objectif de notre recherche était donc que les élèves, suite aux 12 séances pédagogiques, aient une conception plus malléable de l’intelligence.
Les résultats ont montré que suite à l’intervention pédagogique, les élèves avaient une conception moins fixiste de l’intelligence, par rapport aux élèves n’ayant pas suivi les séances. Cela signifie que mener des séances sur le fonctionnement du cerveau a permis aux élèves de se détacher d’une vision fixiste de l’intelligence et ainsi voir l'intelligence comme une capacité modifiable et évolutive sur laquelle ils peuvent agir.
La motivation des élèves
Cet aspect était interrogé par le biais d’un questionnaire, complété par les élèves, autour de la lecture, l’écriture et les mathématiques, pour évaluer deux pans de la motivation :
- la motivation intrinsèque. C’est une motivation qui vient de la personne elle-même. Elle pousse l’élève à s’engager et persévérer car il y trouve un avantage pour lui-même (ex. « Je fais des mathématiques même lorsque je ne suis pas obligé d’en faire. »).
- la motivation extrinsèque. Ici la motivation de l’élève est poussée par quelque chose d’extérieur à lui-même (ex : « Je m’applique en mathématiques pour faire plaisir à mon enseignant »).
Si les résultats n’ont pas montré d’effet sur la motivation intrinsèque des élèves, elle a montré des effets positifs sur la motivation extrinsèque des élèves. En effet, suite à l’intervention de 12 séances, les élèves sont moins en adéquation avec des phrases qui mettent en avant une motivation extrinsèque. Autrement dit, ils sont donc moins enclins à agir en fonction de facteurs externes, comme par exemple le fait de progresser pour faire plaisir à leurs parents ou montrer aux autres qu’ils sont performants.
Les compétences métacognitives des élèves
Les compétences métacognitives correspondent à la capacité des élèves à réfléchir à leur propre pensée ou à apprendre à apprendre : planification, supervision des activités, auto-évaluation, développement de connaissances sur les activités, sur les stratégies, sur soi-même, sur les apprentissages et la cognition de manière générale. Ces compétences sont directement liées à la réussite académique. Elles étaient mesurées par le biais d’un questionnaire complété par l’enseignant à propos de chacun des élèves (ex. « L’élève X prend du recul sur l’activité pendant qu’il est en train de la réaliser. » Très rarement, quelques fois, souvent ou très souvent).
Les résultats montrent que si les élèves des deux groupes ont un niveau équivalent au début de l’expérimentation, les élèves ayant suivi les 12 séances pédagogiques ont ensuite des compétences métacognitives significativement supérieures à celles des élèves n’ayant pas suivi les séances. Autrement dit, les 12 séances sur le cerveau ont permis aux élèves d’apprendre à apprendre et de développer leurs compétences de régulation de la cognition (planification, supervision/contrôle et évaluation).
Les pratiques pédagogiques des enseignants
L’objectif de ce questionnaire était de mesurer si le fait de dispenser des séances sur le fonctionnement du cerveau avait un impact sur les pratiques pédagogiques des enseignants, en lien avec la métacognition (ex. « Pendant que les élèves s’exercent, je les encourage à s’arrêter et regarder ce qu’ils ont fait. » Jamais, rarement, parfois, toujours).
Les résultats montrent que sur l’ensemble des facteurs interrogés (aspects émotionnels et motivationnels, régulation métacognitive pendant une tâche, stratégies et connaissances métacognitives, régulation métacognitive après la tâche et connaissances métacognitives de la personne) il existe un effet bénéfique des 12 séances pédagogiques sur les pratiques des enseignants. Autrement dit, le fait d’avoir pris connaissance de ces séances et de les avoir mises en place en classe a permis aux enseignants d’avoir des pratiques pédagogiques plus en accord avec les principes métacognitifs, par rapport à des enseignants qui n’ont pas pris connaissance de ces séances.
En conclusion :
Cette recherche collaborative, en partenariat avec le LaPsyDE, a permis de mettre en avant l'efficacité d'implémenter des séances pédagogiques sur le fonctionnement du cerveau en classe de cycle 2. Ces séances ont impacté positivement les connaissances des élèves sur leur cerveau, leur rapport à l'intelligence, leur motivation ainsi que leurs compétences métacognitives.
La recherche a également montré un effet positif sur les pratiques pédagogiques des enseignants ayant mis en place ces 12 séances clé-en-main.
Un ouvrage est actuellement en cours de rédaction afin que les résultats de cette étude et les 12 séances pédagogiques testées puissent profiter à un maximum de classes et ainsi aider les élèves de cycle 2 à mieux apprendre.
Encore merci à tous les élèves et enseignants ayant contribué à ces résultats !
Les auteurs et chercheur impliqués dans la recherche :
- Grégoire Borst, professeur de neurosciences et psychologie du développement à l’Université Paris Cité et directeur du LaPsyDE. Co-auteur de Enseigner aux élèves comment apprendre.
- Pauline Campos, conseillère pédagogique et titulaire du DU Neuroéducation de l'Université Paris Cité.
- Emilie Decrombecque, professeure de lettres et titulaire du DU Neuroéducation de l'Université Paris Cité. Co-auteure de Enseigner aux élèves comment apprendre.
- Jérôme Hubert, professeur de mathématiques et titulaire du DU Neuroéducation de l'Université Paris Cité. Co-auteur de Enseigner aux élèves comment apprendre.