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Cette recherche collaborative a été menée en partenariat avec Leila Sélimbégovic et Lucie Broc, chercheuses au Centre de Recherches sur la Cognition et l’Apprentissage (CeRCA) au CNRS et à l'Université de Poitiers.

Retour sur la recherche menée

Cette expérimentation, intitulée "Favoriser l’apprentissage de l’orthographe en cycle 3", a été menée au sein du Lab’Lea auprès de plus de 400 élèves de cycle 3, soit 23 classes de CM1, CM2 et 6ème réparties sur la France entière. Nous souhaitions tout d’abord remercier l’ensemble des élèves et enseignants ayant participé à cette recherche collaborative.

Dans cette étude, nous avons proposé aux enseignants d’examiner la façon dont leurs élèves apprennent l’orthographe et l’influence que peut avoir le fait de penser qu’on corrige sa propre dictée ou bien celle d’un autre élève. Pour ce faire, nous avons construit un protocole expérimental avec le soutien de Marjorie Iachetti, enseignante et autrice de nombreux ouvrages de pédagogie. L’objectif était de proposer une recherche pédagogiquement adaptée aux contraintes d’une classe de cycle 3. Cette dernière était composée de 4 séances pédagogiques clé-en-main, d’une heure chacune. 

La première séance consistait à faire une dictée de phrases scientifiquement validée en termes de difficulté pour le cycle 3 (ROC - cogni-sciences, 2006). Cette dictée se faisaient sur un ordinateur (ou tablette), afin que les enseignants puissent, dans un second temps l’anonymiser complètement pour chaque élève. Dans la deuxième séance, dite de correction métacognitive, chaque élève corrigeait sa dictée d’abord seul puis en regardant le texte de la dictée correctement orthographiée projeté dans la classe. Les élèves étaient alors répartis au sein de deux groupes : pour une moitié d’entre eux, la mention « c’est ta copie » était inscrite, alors que pour l’autre moitié, la mention « ce n’est pas ta copie » apparaissait. Ainsi, si tous les élèves corrigeaient en réalité leur propre copie, la moitié d’entre eux pensaient corriger la copie d’un camarade. Ces deux séances ont été répétées une seconde fois (séances 3 et 4), de façon strictement identique, à deux semaines d’intervalle.
En manipulant le fait que les élèves pensaient corriger leur dictée ou celle d’un autre élève, l’objectif était de tester s’ils avaient tendance à se confronter aux erreurs d’orthographe qu’ils produisent ou à les éviter. En effet, bien que le fait de faire les erreurs peut être bénéfique à l’apprentissage, sous condition de bénéficier d’un feedback correctif, se confronter à ses erreurs n’est pas une expérience agréable car elle remet en cause notre compétence. On peut donc penser que les élèves pourraient détourner leur attention des erreurs dans la dictée, notamment quand ils savent que ce sont les leurs. Ainsi, on s’attendait à ce que les élèves qui pensaient corriger la dictée d’un autre allaient plus facilement détecter les erreurs produites et ce, avant même la correction collective proposée par l’enseignante. 

Les résultats obtenus 

Afin d’analyser les données de cette recherche, les chercheuses ont compté, pour chaque élève et chaque dictée, le nombre d’erreurs d’orthographe produites et les ont classés selon le type des erreurs. En effet, pour écrire correctement un mot, il faut faire appel à trois types de connaissances :

  • Tout d’abord, il faut être capable de transformer des sons en lettres, ce qui renvoie à des connaissances phonologiques,
  • Ensuite, il faut connaitre certaines régularités orthographiques (par exemple le fait que le son « o » s’écrit très souvent -eau- à la fin des mots en français), ce qui reflète les connaissances lexicales,
  • Enfin, il faut savoir accorder les mots entre eux dans les phrases, ce qui relève des connaissances morphologiques. Ces dernières concernent notamment les accords en nombre, en genre et en temps sur les noms communs, les adjectifs et les verbes par exemple. 

Les données scientifiques précédentes ont d’ores et déjà montré que l’apprentissage de l’orthographe chez les élèves de cycle 3 ne s’effectue pas selon le même rythme selon les connaissances mobilisées. En effet, les élèves ont tendance à produire beaucoup plus d’erreurs morphologiques que d’erreurs phonologiques et lexicales (Joye et al., 2022). Ceci a été montré même quand les élèves écrivent sur un clavier d’ordinateur (Broc et al., 2025). Dans cette recherche, les chercheuses ont donc mesuré si les élèves produisaient plus un certain type d’erreurs plutôt que d’autres. 

Nous avons obtenus des résultats marquants sur trois points : 

Nombre d’erreurs d’orthographe produites par les élèves dans la dictée

  • Les élèves produisent moins d’erreurs d’orthographe en CM2 et en 6ème qu’en CM1. L’apprentissage de l’orthographe s’améliore donc après le CM1, mais ne semble pas progresser beaucoup entre le CM2 et la 6ème.
  • Le fait de refaire la même dictée deux fois en ayant bénéficié d’une séance de correction métacognitive entre les deux permet aux élèves de progresser en orthographe et ce, quelle que soit leur classe dans le cycle 3. 

Type d’erreurs d’orthographe produites

Les résultats obtenus confirment que les élèves de cycle 3 produisent plus d’erreurs morphologiques que d’erreurs phonologiques et lexicales. Le développement de l’orthographe des élèves qui ont participé à cette recherche collaborative correspond donc au développement typique des élèves de cycle 3 classiquement observé en recherche.

Détection des erreurs lors des séances métacognitives

Les résultats montrent que :

  • Les élèves trouvent plus de fautes d’orthographe lors de la deuxième séance de correction métacognitive que lors de la première, reflétant leurs progrès en dictée.
  • Ils corrigent mieux les erreurs d’orthographe quand on leur propose une correction que lorsqu’ils doivent les identifier seuls. Plus les élèves sont jeunes (CM1) plus l’aide proposée est bénéfique pour identifier les erreurs produites.
  • Cependant, quand on dit aux élèves que la dictée qu’ils corrigent n’est pas la leur, ils identifient plus d’erreurs d’orthographe seuls que lorsqu’on leur dit qu’ils corrigent leur propre dictée.

En conclusion, cette recherche collaborative menée dans 23 classes de cycle 3 confirme que les élèves progressent en orthographe entre le CM1 et la 6ème. Le profil des fautes d’orthographe est classique, à savoir qu’ils produisent essentiellement des erreurs morphologiques. Ceci est lié aux particularités intrinsèques de la langue française dans laquelle la morphologie, notamment celle des verbes, est particulièrement complexe et souvent silencieuse, ce qui ne permet pas aux élèves de s’appuyer sur ce qu’ils entendent pour bien orthographier les mots. Par exemple il est difficile de faire la différence entre « il joue » et « ils jouent », et donc de bien les orthographier, si on ne s’appuie pas sur d’autres indications, notamment syntaxiques. 
Cette recherche met également en avant l’effet bénéfique de la répétition tant au niveau de la tache proposée pour évaluer l’orthographe (proposer deux fois la même dictée) que sur la séance de correction métacognitive dans laquelle les élèves vont d’abord identifier les erreurs produites seuls, puis en s’appuyant sur l’aide d’une correction collective. 
Enfin, il est important de noter ici que lorsque les élèves pensent qu’ils corrigent la dictée d’un autre élève, ils identifient plus d’erreurs d’orthographe seuls que lorsqu’ils pensent qu’ils corrigent leur propre dictée. Ce résultat est particulièrement intéressant puisqu’il montre que les élèves ont moins de mal à se confronter aux erreurs d’orthographe et à les corriger lorsqu’ils pensent que ce ne sont pas eux qui les ont produits.