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Élèves enchantés lors de l’entrée de Joséphine au Panthéon

L’entrée au Panthéon de Joséphine Baker était accompagnée, comme pour Simone et Antoine Veil, de chants magnifiquement interprétés par les jeunes de la Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique. Mais qui sait que cette formation musicale a pour origine un projet scolaire, fruit de la volonté conjointe d’une jeune musicienne et d’une principale de collège ? Avant d’être nommée directrice de la Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique, Sarah Koné a d’abord recruté des chanteurs parmi les élèves du collège François Couperin (Paris, 4e arrondissement), et a créé avec la principale Dominique Gory la Compagnie Sans père, qui s’enrichissait chaque année de nouveaux arrivants.  La Compagnie se fait rapidement connaître pour la qualité de son travail, et en 2016, elle est rattachée à l’Opéra-Comique. Désormais, les élèves effectuent leur scolarité au collège Couperin, mais la campagne de recrutement est étendue à des établissements proches de Paris, et particulièrement aux enfants issus de l’enseignement prioritaire. Sarah Koné poursuit ainsi les mêmes objectifs artistique, éducatif et social : rassembler des jeunes de tous horizons pour les conduire à l’excellence artistique. Un engagement qui l’inscrit dans le sillage d’une certaine Joséphine Baker. Comment le projet est-il né ? Sarah Koné : Ce projet a pris forme en plusieurs étapes. En 2007, j’étais surveillante au collège Pierre Mendes-France, dans le 20e arrondissement de Paris. J’ai commencé à donner des cours de chant. L’idée me plaisait, mais les conditions n’étaient pas réunies pour un projet ambitieux. L’année suivante, j’ai décidé de changer d’établissement, et j’ai proposé un atelier chant au collège François Couperin. En septembre 2009, tout a changé avec l’arrivée d’une nouvelle principale, Dominique Gory. Elle venait du lycée Racine (Paris, 8e), un établissement à horaires aménagés. Elle a eu une oreille attentive. Nous avons monté un atelier classique, mais les conditions étaient optimales. J’ai eu le droit de recruter autant d’élèves que je voulais avec une séance par semaine, le midi, et nous avons réussi à produire une première comédie musicale, Starmania . Dominique Gory : De 2009 à aujourd’hui, nous sommes parvenus, par sauts successifs, à un niveau qu’on peut qualifier de professionnel. Sarah Koné : L’atelier du midi a évolué, grandi avec moi ; j’ai créé la Compagnie Sans Père,  qui encadre les Classes chantantes. La Grande Troupe, celle du collège, a donné naissance à la Petite Troupe qui regroupe quelques élèves qui jouent dans des conditions vraiment professionnelles : on les engage, ils sont rémunérés... Il existe encore une troisième structure, Chœur de scène, issue aussi de la grande, pour ceux qui n’ont pas envie de se professionnaliser mais qui, devenus de jeunes adultes, cherchent à se perfectionner. Sur quels critères les élèves sont-ils choisis ? Sarah Koné : Chaque année, le rituel est le même. J’auditionne des dizaines d’élèves de 6 e volontaires ; j’en choisis une douzaine qui intégreront la troupe formée depuis 2009. Aujourd’hui, ils sont plus de quatre-vingts collégiens et ex-collégiens de Couperin, âgés de 11 à 20 ans. Certains élèves arrivent de classes Cham (Classes à horaires aménagés en musique) ou ont une formation au conservatoire, d’autres n’ont jamais vu un instrument. Leur culture musicale n’est pas un critère de sélection. Je suis issue des populations qui ont reçu un enseignement artistique élitiste, de ceux qui croisent l’information et pour lesquels les parents ont des ambitions. J’ai grandi dans un opéra à l’âge de 10 ans. J’y ai appris l’endurance et l’exigence. Mais parallèlement, je suis une enfant de l’école de la République, et j’ai toujours eu ses valeurs en tête. Adulte, j’ai voulu m’adresser à un autre public, sans dévaluer la discipline. On travaille donc pour produire un spectacle de qualité, pour voir le fruit de nos efforts. Cette année, ce sera Alice au pays des merveilles . Dominique Gory : On ne recrute pas que de bons élèves. Cela fait partie de l’éthique du projet. Comment organiser un projet d’une telle ampleur ? Dominique Gory : Le programme est intense : 2 heures de répétition hebdomadaire pour chaque niveau, 1 heure de « tutti » (tous ensemble, dans le langage des musiciens) le mercredi après les cours, et un week-end entier de répétition par mois. Sarah a aussi aménagé un créneau d’une heure, un soir par semaine, pour les ex-collégiens. Un tel projet implique des moyens, et une organisation sans faille : les emplois du temps sont alignés pour que tout élève ait la possibilité d’intégrer la compagnie, et un préau est réservé aux répétitions. L’établissement tient à ce que les chanteurs soient répartis dans toutes les classes de manière aléatoire pour éviter toute politique de regroupement, ou tout effet de filière. Dans quelles conditions matérielles le projet s’inscrit-t-il ? Dominique Gory : Pour une grande part, et aussi surprenant que cela puisse paraître, le projet repose sur des bénévoles. Seules les heures des week-ends de Sarah Koné sont rémunérées, grâce à un soutien financier du département (Ville de Paris) qui n’est pas négligeable. Pour le reste, il faut se débrouiller. Du côté du rectorat, le projet est labellisé « Innovation et Expérimentation » par la CARDIE (Cellule académique Recherche et Développement en Innovation et en Expérimentation). Sarah, qui n’est pas enseignante, ne reçoit pour ses cours aucune rémunération. Sarah Koné : Je ne m’en alarme pas. Peu à peu, les projets prennent de l’ampleur, les institutions soutiennent leur rayonnement, et la compagnie fonctionne désormais comme une troupe professionnelle. Nous faisons donc appel à des fondations et des financements privés. Dominique Gory : Nous avons aussi un partenariat régulier avec le Monfort Théâtre qui offre chaque année à la troupe une résidence. Le théâtre accueille les spectacles du collège, mais il reçoit aussi, pour des périodes variables, les élèves qui souhaitent découvrir les métiers du spectacle. Sarah Koné : Les directeurs de ce théâtre viennent du monde du cirque ; ils accueillent toutes les formes de théâtre. Le lien se tisse tout au long de l’année avec un parcours culturel « Éducation du spectateur » soutenu par la DASCO (Direction des affaires scolaires de la ville de Paris). Tous les chanteurs vont au théâtre au moins deux fois, et cette année les élèves les plus grands de la classe d’accueil se joindront à eux. Le spectacle de fin d’année a lieu au mois de juin sur le vaste plateau du Monfort Théâtre. C’est une chance énorme. Comment construire un projet aussi ambitieux avec des élèves non musiciens ? Sarah Koné : Je mets tous les élèves à égalité. Tout est transmis oralement : je chante une mélodie, ils la retiennent. D’année en année, les progrès sont considérables. En 3e, ils arrivent à apprendre une chanson en une séance. Mais je me suis rendu compte qu’au bout d’un certain temps, lorsque je leur mets une partition entre les mains, sans avoir fait de solfège, ils suivent. Je ne leur parle jamais en langue de vulgarisation ; j’utilise toujours les termes musicaux appropriés. Je dirige avec une technique orchestrale. Quand je leur propose de me remplacer, ils reprennent ce langage très technique. J’ai grandi en Savoie près de la Suisse, où est utilisée une méthode très dynamique d’apprentissage de la musique, la méthode Dalcroz, dont je m’inspire beaucoup. Ce qui m’aide aussi pour transmettre le goût de la musique, ce sont mes origines : comme beaucoup de mes élèves, mon père africain ne comprenait rien aux techniques qu’on m’enseignait quand je chantais Carmen . Enfin, ce qui fait beaucoup, c’est la loi de la troupe : les grands s’occupent des petits. Cette structure installe une grande discipline dans le travail. Ils savent que je les choisis mais qu’ils choisissent aussi, et ils sont engagés, dans tous les sens du terme. En quoi l’existence de la compagnie change-t-elle la vie du collège ? Dominique Gory : Ce sont des choses difficiles à mesurer, mais je pense que c’est un projet qui a des implications à tous les niveaux. Les élèves de la troupe sont répartis dans toutes les classes. Les enseignants connaissent Sarah, et reconnaissent la qualité du projet. D’ailleurs, la plupart des professeurs viennent voir les spectacles de la Grande Troupe, et beaucoup suivent leurs élèves en allant voir ceux de la Petite Troupe. Le personnel de service reçoit des invitations. Sarah Koné : Les hommes et les femmes qui s’occupent de l’entretien sont les seuls à avoir le droit d’entrer dans la salle sans que j’interrompe la répétition. Ils suivent donc l’évolution du spectacle. Une année, l’une d’elles s’arrêtait toujours un moment et s’asseyait pendant que nous répétions une chanson qu’elle aimait particulièrement. Dominique Gory : Ce projet est fédérateur, c’est une vraie bannière. C’est unique parce que Sarah est unique. On ne réussit que si on avance ensemble, et je suis attachée à ce qu’on soit heureux dans notre travail. Le projet participe à cet état d’esprit. La formation existe parce que notre détermination est sans faille. Nous savons qu’il faut du temps pour convaincre, mais j’aspire à ce que la compagnie ait une reconnaissance plus large encore et que ce projet continue de faire rayonner notre collège. Je pense que ça apporte une belle sérénité à l’établissement. Interview publiée dans le numéro novembre 2015 de la NRP collège. Crédit photo : Photo d’archives AFP

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Écrire sur la photographie

Par Marie-Françoise Roger C'est un agent immobilier, John Maloof, qui, en 2007, retrouve la trace de Vivian Maier (1926-2009), nourrice qui toute sa vie multiplia les clichés de rue sans jamais dévoiler de son vivant sa production artistique. Il rencontre les enfants qu’elle a gardés et qui se sont occupés d’elle à la fin de sa vie. La nounou, autodidacte, passait ses jours à photographier Chicago, son Rolleiflex autour du cou. Un travail d’artiste. Une découverte miraculeuse Chicago, fin 2007, John Maloof, âgé de 25 ans, songe à écrire un livre sur le quartier de Portage Park. Pour illustrer l’ouvrage, il chine dans une salle de ventes un énorme lot de photos d’époque : plus de 30 000 négatifs, des dizaines de rouleaux de pellicules. Les photos sont belles, inhabituelles. Il y a, par exemple, ces portraits d’enfants noirs et blancs jouant ensemble alors que les temps étaient plutôt à la ségrégation. Des pauvres, des marginaux photographiés tels des rois. La photographie, un moyen d’appréhender le réel Toute photographie est un regard sur le monde, révèle un secret, un détail que l’on n’aurait peut-être pas vu. Les photos d’enfants de Vivian Maier évoquent celles d’Helen Lewitt (1913 2009), ses portraits cruels de la bourgeoisie rappellent ceux de Diane Arbus (1923-1971). On pense aussi à Weegee (1899-1958) pour les images des bas-fonds, à Robert Frank pour les cadrages inattendus ou les photos « bougées » ( Les Américains , 1958). Les photos de pieds de passants ou les jeux de reflets dans les vitrines renvoient, quant à eux, au travail de Lisette Model (1901-1983). En somme, « son style fait le lien entre la photographie humaniste française et la photographie américaine des années 1955-1960, qui préfère montrer les êtres avec leurs failles et leurs faiblesses plutôt que de les idéaliser. Elle embrasse tous les sujets, tous les genres : natures mortes, paysages, portraits, autoportraits, dans lesquels elle se dévoile à peine, corps androgyne, visage chapeauté, refusant toute forme de séduction » 1 . La photographie, point de jonction entre réel et hasard Dans son livre La Chambre claire , Roland Barthes distingue deux façons d’approcher la photographie : ce qu’il appelle le studium : « C’est par le studium que je m’intéresse à beaucoup de photographies, soit que je les reçoive comme des témoignages politiques, soit que je les goûte comme de bons tableaux historiques : car c’est culturellement (cette connotation est présente dans le studium ) que je participe aux figures, aux mines, aux gestes, aux décors, aux actions.» Le « second élément qui vient déranger le studium , je l’appellerai donc punctum ; car punctum , c’est aussi : piqûre, petit trou, petite tache, petite coupure – et aussi coup de dés. Le punctum d’une photo, c’est aussi ce hasard qui, en elle, me point (mais aussi me meurtrit, me poigne).» 2 . S’exercer En s’aidant des réflexions de Roland Barthes, ou de Georges Didi-Uberman dans Aperçues, 3 on invite les élèves à regarder quelques-unes des photos de rues de Vivian Maier. Beaucoup de ses photos sont disponibles en ligne sur le site « vivianmaier.com ». On peut également en observer un certain nombre au Musée du Luxembourg , lors d’une exposition hommage, du 15 septembre 2021 au 16 janvier 2022. Chaque élève choisit une ou deux photographies, décrit objectivement ce qu’il voit sur l’image, ce qu’il pense comprendre de ce qui se voit sur l’image, ce qu’elle révèle d’une époque ou d’un lieu. Il réfléchit également à la signification générale ou symbolique de l’image, en esquisse une interprétation imaginaire, humoristique, poétique. Il peut, en dernier lieu, se demander quel lien personnel il établit avec l’image, quel écho elle déclenche en lui. 1 Télérama , 30 avril 2011. 2 Roland Barthes, La Chambre claire , Gallimard, 1980. 3 Georges Didi-Huberman, Aperçues , éd. De Minuit, 2018. RESSOURCES LEXICALES POUR CET EXERCICE De mots pour décrire Hauteur de l’œil, plongée, contreplongée, plan d’ensemble, plan moyen, gros-plan, premier plan, arrière-plan, perspective, ligne de fuite, lumière, exposition, contraste, identifier, distinguer. Des mots pour fournir une interprétation et rendre compte de ses émotions Représenter, évoquer, traduire, déduire, métaphore, symbole, réaliste, fantastique, tonalité, message, effet produit, sentiment, point de vue, émouvoir, faire rire, informer, raconter, expliquer.

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Séquence pédagogique

Le travail du texte descriptif

Une série d'études de manuscrits et d'activités permettent aux élèves de comprendre et de s'emparer de la démarche d'écrivains comme Proust, Flaubert ou Zola. Les deux fiches sont consacrées au travail du peintre à travers des esquisses de Leonard de Vinci et de Delacroix.

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Corrigés

Cocktail d'exercices de français - 2e série

Pour chaque niveau, une fiche d'exercices associe orthographe, grammaire, conjugaison et vocabulaire. Cette série de fiches constitue le deuxième « cocktail d'exercices de français ».

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Fiche élève

Les Sabines, entre leurs pères et leurs époux

Cette séance aborde un épisode clé de la légende de la fondation de Rome: l'intervention des Sabines qui s'interposent entre leurs pères et leurs époux. Cette séance peut être couplée avec celle qui traite de l'enlèvement des Sabines (NRP n° 664).

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Séquence pédagogique

Orphée et Eurydice, une histoire pour la culture

Le mythe d'Orphée est à la source de nombreuses œuvres littéraires, picturales, cinématographiques. La séquence revient sur le récit qui constitue le mythe d'Orphée, et évoque un grand nombre d'œuvres qui s'en inspire.

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Fiche élève

La ponctuation pour construire le sens

Nous aborderons la ponctuation selon les trois axes suivants : – la ponctuation forte, essentielle à la construction de la phrase, – la ponctuation à l’intérieur de la phrase, qui peut être un élément stylistique ou porteur de sens, – la ponctuation du dialogue.

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Séquence pédagogique

Molière, L'École des femmes

C’est une pièce dans laquelle on rit autant que l’on songe et dont on sort, finalement, plus grave qu’hilare. Notre étude se développe donc autour de la problématique d’une forme de comédie qui flirte avec le tragique.

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