Voir l'article
Logo de la revue d'appartenance NRP

Le FALC, pour des textes plus inclusifs - Pédagogie

Par Armand Kadivar La lecture est un droit fondamental. Or, plus de 13 millions de Français n’y ont pas accès aujourd’hui. Pour tenter de résoudre ce problème majeur, le FALC, « Facile à Lire et à Comprendre », propose de rendre les textes plus accessibles en les traduisant dans un langage compréhensible pour tous. Explication et rencontre avec Cécile Arnoult, fondatrice de KILÉMA Éditions, première maison d’édition francophone dédiée au FALC. Le FALC, en théorie Le FALC, kézako ? Le Facile à Lire et à Comprendre (FALC) est un outil européen créé afin de rendre accessible les informations. De nombreuses associations aux États-Unis et en Europe, et plus spécifiquement des parents de personnes handicapées, souhaitaient en effet la production de documents rédigés dans un langage clair, et un tel outil était susceptible de répondre à l’injonction de l’article 9 de la Convention des Nations-Unies relative aux personnes handicapées : permettre aux personnes handicapées de recevoir les informations accessibles. Il repose sur plusieurs règles : un vocabulaire simple, des phrases courtes, une présentation claire et enrichie par des images. Le tout est validé par des personnes en situation de handicap qui doivent s’assurer que le document est facile à lire et à comprendre. Pour qui ? En tout premier lieu, le FALC a été conçu pour être un outil de formation des adultes handicapés. Il a d’abord permis la création de documents administratifs, en particulier dans le domaine médico-social, mais son usage se diversifie. On voit également des versions FALC de magazines d’informations, des guides de musées… En réalité, les documents écrits en FALC ne sont pas seulement dédiés aux individus en situation de handicap intellectuel : ils peuvent servir à ceux qui ne parlent pas bien le français, à ceux qui apprennent à lire et à écrire, aux personnes âgées qui ont du mal à voir et à comprendre ou encore aux jeunes qui rencontrent des difficultés. Une vraie traduction Les textes en FALC nécessitent l’aide de véritables traducteurs dont c’est le métier, et qui suivent des règles européennes disponibles sur le site de l’UNAPEI. Ils peuvent simplifier les phrases, les découper, mais comme dans toute traduction, le contenu doit être restitué. Lorsque le texte est long, dans le cas en particulier d’un roman, le traducteur doit veiller à la cohérence de l’oeuvre et à ne rien oublier. La littérature en FALC, un défi Au fil du texte La mise en page permet de rendre le texte plus facile à lire : le livre est écrit en gros caractères, les phrases sont découpées en plusieurs segments avec saut à la ligne, les espaces sont agrandis, les mots difficiles sont définis et le nom du personnage qui parle est rappelé dans les dialogues. Enfin, des illustrations expliquent les mots ou les passages difficiles, tout en rendant la lecture plus attrayante. En amont et en aval Au début de l’ouvrage, on retrouve une présentation de l’histoire et des personnages importants ainsi qu’un résumé. À la fin, est inséré un dictionnaire de tous les mots difficiles rencontrés lors de la lecture, une description de tous les personnages, la liste des différentes parties du livre et parfois des informations historiques, une carte ou encore une frise chronologique. Une variété d’écrits KILÉMA Éditions s’attache à adapter en FALC des oeuvres classiques telles que L’Étranger de Camus, Dracula de Bram Stoker et L’Île au trésor de Stevenson ainsi que des textes contemporains comme No et moi de Delphine de Vigan ou encore Les Petites Reines de Clémentine Beauvais. D’où quatre collections distinctes : littérature jeunesse, ado, adulte et théâtre.

Voir l'article
Logo de la revue d'appartenance NRP

S’initier à la poésie et au récit en écrivant une carte postale - Atelier d'écriture

Par Marie-Françoise Roger La carte postale a constitué pour les poètes des années 1910, 1920 et 1930 le modèle d’une poésie adressée. Elle a joué un rôle important dans le développement d’un lyrisme moderne et visuel qui privilégie les textes courts. Elle devient avec Perec un jeu d’écriture. Cartes de poètes Carco en 1910 publie un double poème intitulé « Cartes postales », voici le premier : De Bayonne où je vous écris, Mon cher Tristan Derême, Combien je regrette Paris Et ma chambre au bord de la Seine ! L’Adour a beau porter entre ses quais noircis Un flot que la mer a grossi Et l’appel lointain des sirènes ! Je crois encore ouïr le cri Rauque et plaintif sous un ciel gris Des petits remorqueurs qui remontent la Seine ! Francis Carco, « Cartes postales », Anthologie de la nouvelle poésie française, 1924. Apollinaire reprend ce format de la carte postale dans une lettres à Yvonne de 1903 : Les lilas mi-fleuris sont déjà parfumés Des lanternes au loin semblent des yeux aimés Ô mon âme amoureuse aujourd’hui tu défailles Au parc crépusculaire et mouillé de Versailles Cendrars définit ainsi son recueil Feuilles de route, paru en 1924 : « Ce sont des cartes postales que j’envoyais à mes amis, que je destinais à mes amis… ». Les noms des poèmes sont en général des noms de lieux ( « En vue du Cap Blanc », « Dakar », etc.). La description reprend les stéréotypes de la carte postale : « La mer est comme un ciel bleu bleu bleu » et se fait parfois ironique, comme dans « Clair de lune » : On tangue on tangue sur le bateau La lune la lune fait des cercles dans l’eau Dans le ciel c’est le mât qui fait des cercles Et désigne toutes les étoiles du doigt Une jeune Argentine accoudée au bastin gage Rêve à Paris en contemplant les phares qui dessinent la côte de France Rêve à Paris qu’elle ne connaît qu’à peine et qu’elle regrette déjà Ces feux tournants fixes doubles colorés à éclipses lui rappellent ceux qu’elle voyait de sa fenêtre d’hôtel sur les Boulevards et lui promettent un prompt retour Elle rêve de revenir bientôt en France et d’habiter Paris Le bruit de ma machine à écrire l’empêche de mener son rêve jusqu’au bout Ma belle machine à écrire qui sonne au bout de chaque ligne et qui est aussi rapide qu’un jazz Ma belle machine à écrire qui m’empêche de rêver à bâbord comme à tribord Et qui me fait suivre jusqu’au bout une idée Mon idée Blaise Cendras, « Clair de lune », Feuilles de route, Denoël, 1924. Perec a imaginé un générateur de cartes postales et en a créé 243, dont celle-ci : Vacances à Narbonne. Calme divin, cassoulet maison. Un peu de pétanque pour garder la ligne. Baisers. Georges Perec, « 243 cartes postales en couleurs véritables », L’Infra-ordinaire , Seuil Produire une carte postale et la faire circuler 1 er temps : On suggère aux élèves de créer leur propre carte postale (collage, dessin), puis d’écrire un texte adressé à un camarade tiré au sort. Celui qui envoie la carte imagine un lieu et un temps de vacances et respecte les contraintes : une formule pour commencer, une autre pour finir, quelques phrases courtes qui définissent l’endroit où il se trouve, le moment de la journée, la météo, et donnent des indications sur ce qu’il voit ou entend autour de lui, ses activités actuelles ou prochaines, la satisfaction ou la déception ressentie. Chacun peut, s’il le veut, s’essayer à la poésie (rythme, rimes, images). 2 e temps : Chacun ajoute dans le texte de la carte une allusion (détail, rencontre, événement) mystérieuse qui ne peut être comprise que par le destinataire et son destinateur. 3 e temps : Le destinataire déchiffre la carte, essaie d’élucider l’allusion mystérieuse : à partir des données de la carte postale, il construit sa version de l’histoire dans un récit ou une lettre de réponse.

Voir l'article
Logo de la revue d'appartenance NRP

Réfléchir sur l’IA et les robots

Par Claire Rouveron , professeure documentaliste membre de l’A.P.D.E.N La fascination, dans la littérature de science-fiction, pour les machines et les robots ne date pas d’hier. En 1942, dans la nouvelle Cycle fermé , Isaac Asimov et John Campbell imaginaient les trois lois de la robotique régissant les interactions entre les hommes et les robots. Il est intéressant, à l’heure des multiples interrogations sur l’intelligence artificielle (IA) dans les domaines de l’éducation et de la culture, de réfléchir avec les collégiens sur l’éthique de l’IA. Raconte-moi ton robot En classe de 6 e , les élèves sont invités à lire le court roman humoristique d’Eric Simard, Robot mais pas trop dans lequel on suit les aventures du jeune Adam qui habite dans une maison entièrement automatisée. Ce qui peut présenter des avantages se transforme vite en cauchemar quand tous les appareils se dérèglent. Cette lecture fournit aux élèves une première idée des usages de robots au sein d’une maison. En complément de ce texte intégral, un corpus de romans et de mangas intégrant des personnages de robots est proposé afin d’élargir les connaissances sur les domaines concernés par les progrès de la robotique. Lors des discussions avec les élèves vont émerger les notions d’IA et d’algorithmes qui seront ensuite définies par le professeur documentaliste, à l’aide de deux vidéos éditées par 1jour1actu , « C’est quoi l’intelligence artificielle ? » et « Les robots sont-ils aussi intelligents que les hommes ? ». Les élèves sont invités à consulter des livres documentaires et des articles de périodiques sur les robots afin de réaliser le portrait de celui de leur choix. Ils doivent répondre aux questions suivantes : À quoi ressemble-t-il ? Quelle est sa taille ? Sa forme ? Sa ou ses couleurs ? En quels matériaux est-il fabriqué ? Comment fonctionne-t-il ? Quel est son usage ? Pourquoi le créer ? Leurs portraits de robots seront ensuite, selon les possibilités matérielles et horaires, dessinés et modélisés en cours d’arts plastiques en vue d’une exposition au CDI. Les élèves conclueront la séance par la rédaction d’un texte d’imagination mettant en scène leur robot. Le robot : ami ou ennemi ? La réflexion peut être poursuivie en classe de 3 e dans le cadre du questionnement complémentaire « Progrès et rêves scientifiques ». Des extraits de films sont projetés aux élèves mettant en action des « bons » et des « mauvais » robots : HAL 9000, de 2001 l’Odyssée de l’espace , les robots Terminator de la série de films éponymes ou encore l’enfant robot de AI. Artificial Intelligence . Que se passe-t-il lorsque la créature échappe à son créateur à l’instar de ce que vit le Frankenstein de Mary Shelley ? Le questionnement est approfondi par la lecture d’ouvrages fictionnels tels que la série Ciel de Johan Heliot ou Ada d’Antoine Bello. Les élèves font émerger les différents usages possibles des robots dans les domaines de la science, de la culture, de la domotique, de l’automobile etc. par des recherches documentaires en vue de la rédaction d’un texte argumentatif sur les avantages et sur les limites de l’IA, tout en proposant un « code de bonne conduite », une éthique de l’IA. BIBLIOGRAPHIE ET SITOGRAPHIE Niveau 6e-5e Fictions • Agnès Laroche, Better World , Magnard jeunesse, 2019. • Carina Rozenfeld, Papy, Maxwell et moi, tome 1, Protocole 007 , Gulf Stream, 2021. Documentaires • Cathy Franco, Les Robots , Fleurus, 2015, La grande imagerie. Vidéos • C'est quoi l'intelligence artificielle ? [1 min42 s]. Niveau 4e-3e Fictions • Antoine Bello, Ada , Gallimard, 2016. • Johan Heliot, Ciel , tomes 1 à 4, Gulf stream, 2014-2016 Périodiques • Alguier, Pascal. Robots : comment vivre avec les humains ? Géo Ado n°180, 02/2018 • Ordas, Anne-Claire. Robots : seront-ils meilleurs que nous ? Okapi n°1031, 01/10/2016 Cinéma • James Cameron, Terminator • Steven Spielberg, AI.Artificial Intelligence NOTION - INFO-DOCUMENTAIRE • Un algorithme est une suite d'instructions informatiques que l'on utilise pour traiter un très grand nombre de données (récolte, tri, classement, croisement...). L'algorithme produit un résultat qui influence la manière dont nous nous informons. Il peut utiliser nos données personnelles. Définition complète à consulter ici . • Une Intelligence Artificielle est un système de calculs informatiques créé par des ingénieur·es et des scientifiques. Elle a de nombreuses applications dans beaucoup de domaines (vie quotidienne, monde du travail, médias, économie, santé, science, défense, etc.) via des prédictions, recommandations, solutions technologiques, productions de contenus. Elle utilise et crée des algorithmes à partir de très grandes quantités de données, dont des données personnelles. Elle s'oppose à l'intelligence biologique. Définition complète à consulter ici .

Voir l'article
Logo de la revue d'appartenance NRP

L’IA et la littérature

Par Claire Rouveron , professeure documentaliste, membre de l’APDEN Avec le développement de l’agent conversationnel ChatGPT en 2022, l’intelligence artificielle (IA) s’est invitée au premier plan des débats dans le monde de la culture. On peut citer, par exemple, l’utilisation de ChatGPT par les éditions du Net pour aider les auteurs à corriger leurs manuscrits et les conséquences sur les métiers de correcteur, traducteur et auteur lui même. Quelle place pour l’IA dans le secteur du livre aujourd’hui ? Quelles avancées peut-on saluer et adopter ? Sur quels usages doit-on se montrer vigilant ? Voilà les questions soulevées lors d’une séance menée par le professeur de français et le professeur documentaliste avec une classe de 2 de . Un robot écrivain ? La séance s’appuie sur la lecture du roman Ada d’Antoine Bello dans lequel on suit Franck Logan, policier dans la Silicon Valley, à la poursuite d’Ada, une IA conçue pour écrire des romans à l’eau de rose. Programmée pour produire des romans « commerciaux » avec des objectifs de vente élevés, Ada échappe à ses concepteurs, s’émancipe et découvre la « vraie » littérature dont elle va s’inspirer. Quelle aide une machine peut-elle apporter aux auteurs dans leur processus de recherche et d’écriture ? Est-elle susceptible de remplacer l’écrivain ? Quelle place reste-t-il pour les textes originaux ? Quels intérêts commerciaux pour les éditeurs ? Autant d’interrogations posées par le roman sur lesquelles les élèves sont invités à réfléchir. Un corpus de ressources documentaires écrites et audiovisuelles (voir la bibliographie) est proposé aux élèves afin de compléter et approfondir les questionnements sur les défis de l’art face à l’intelligence artificielle : le projet du « Next Rembrandt » développé en 2016, le « Théâtre d’opéra spatial » créé par Jason Allen en 2022 à l’aide du logiciel Midjourney ou encore une série de podcasts réalisés par France culture sur les domaines d’application de l’intelligence artificielle au cinéma, dans la musique, la peinture, la photographie et la littérature. Le lien est également fait avec l’actualité et la protestation sociale qui a agité Hollywood à l’été 2023 lors duquel les acteurs ont rejoint les scénaristes dans un mouvement de grève d’une ampleur inédite. Outre des revendications salariales et financières, des inquiétudes sur l’émergence de l’IA dans les industries créatives ont émaillé les discussions entre auteurs et producteurs cinématographiques. Les élèves consultent un corpus d’articles issus du journal Courrier International retraçant les différentes étapes de la grève et développant les arguments des acteurs du monde du cinéma. Émergent, entre autres, des questionnements autour des droits d’auteur et de la reproduction du style, de la « voix » d’un auteur. Margaret Atwood, romancière américaine, mondialement connue pour son ouvrage La Servante écarlate , s’en inquiète dans un autre article de Courrier International du 8 septembre 2023, « Margaret Atwood : l’intelligence artificielle m’a tuée… ou presque ». L’autrice y dénonce l’utilisation de versions piratées de 33 de ses romans pour nourrir des IA dites « génératives », auxquelles on donnera ensuite la consigne « Écris un roman de Margaret Atwood ». Réalité ou dystopie d’un monde dans lequel le robot remplacerait l’auteur ? En vue de l’organisation d’un débat sur ces questions, les élèves sont invités à compléter un document listant les avantages et les limites de l’intelligence artificielle dans le processus de création artistique et littéraire. Dis-moi qui tu es, je te dirai ce que tu lis Le professeur documentaliste aborde ensuite une autre facette du rôle de l’IA dans les domaines de la lecture et de la littérature : le processus de recommandation d’ouvrages après l’analyse des lectures des internautes. Pour ce faire, le professeur documentaliste va analyser avec les élèves les algorithmes de profilage en ligne. Pour amorcer ce travail, les élèves effectuent une recherche sur le livre Ada sur la plateforme numérique littéraire Babelio. Ils doivent ensuite étudier les propositions de lectures émises par le site dans la rubrique « Que lire après Ada ». Ils entreprennent la même démarche sur le site marchand de la Fnac, et consultent les titres d’ouvrages mentionnés dans la partie « Les internautes ont aussi acheté ». Il est demandé aux élèves d’émettre des hypothèses sur les données exploitées par les algorithmes à l’œuvre sur les deux sites : les métadonnées du livre (auteur, thème, éditeur), les interactions avec les lecteurs (qui l’a lu et apprécié), le panier d’achat de la clientèle, etc. Apparaissent alors évidemment des spécificités en fonction de l’intérêt commercial du site ou non. Les élèves s’interrogent alors sur les avantages et sur les limites de ces recommandations pour les lecteurs et les plateformes elles-mêmes : cibler les centres d’intérêt des internautes et personnaliser les propositions, fidéliser une communauté de goûts pour les premiers ; enfermer les lecteurs dans des bulles de filtre où seuls des contenus similaires à leur historique sont proposés, empêcher de proposer des contenus originaux pour les seconds. Le concept de « bulle de filtre » mérite d’être explicité et illustré plus précisément. Le professeur documentaliste développe cette notion en travaillant avec les élèves sur le réseau social X (anciennement Twitter) à partir d’une vidéo de la série Dopamine , produite par Arte. Le fonctionnement de ce réseau social y est particulièrement bien expliqué. Les élèves sont alors dans la capacité d’enrichir leur document avant de rédiger leur argumentaire pour le débat. Ces éléments de connaissance leur seront également utiles pour le cours de SNT dont plusieurs chapitres abordent des thématiques liées à l’IA. Bibliographie et sitographie Romans • Antoine Bello, Ada , Gallimard, 2016 • Greg Egan, La cité des permutants , 1994, Le Bélial, 2022 • Georges Orwell, 1984 , 1949, Gallimard, 2020 • Carina Rozenfeld, E.V.E , Syros, 2017 • Villiers de l’Isle-Adam, L’Ève future , 1886, Gallimard, 1993 Articles • « L’intelligence artificielle au service de la lecture », Lecture jeune n°180, décembre 2021. p.4-42 • Hypolite Damien, « Une peinture de Rembrandt imprimée en 3D, 347 ans après la mort de l’artiste », Sciences et avenir , 2016. • Pascal Mougin, « Comment lire un roman écrit par une voiture ? La doxa littéraire face à l’intelligence artificielle », ActuaLitté , 27/09/2021. • Zoé Picard, « ChatGPT, un tournant majeur dans le processus créatif », ActuaLitté , 23/06/2023. • « Les scénaristes en grève à Hollywood s’inquiètent de l’IA, mais proposent des solutions », Courrier international , 17/05/2023. • « Hollywood cherche experts en intelligence artificielle », Courrier international , 02/08/2023. • Margaret Atwood, « Margaret Atwood : l’intelligence artificielle m’a tuée… ou presque », Courrier international , 08/09/2023. Émissions de radio • « Littérature : l’intelligence artificielle est le nouvel avatar du nègre ». France Culture, 05/10/2021. • « L’art au défi de l’intelligence artificielle, un écrivain fantôme dans la littérature », France Culture, 2023. • Christine Siméone, « Lorsque l’intelligence artificielle est capable de créer, qui encaisse les droits d’auteur ? », France Inter, 10/02/2018. Vidéos • Florence Dartois, Du virtuel au réel, l’intelligence artificielle s’empare de l’art, INA, 18/01/2023. • Sonia Devilliers, « Le Dessous des images L’oeuvre et l’intelligence artificielle », ARTE France Développement, 2022. • Léo Favier, Dopamine , épisode “Twitter”, Arte.tv, 2019. Notion - Info documentaire • Un algorithme est une suite d'instructions informatiques que l'on utilise pour traiter un très grand nombre de données (récolte, tri, classement, croisement...). L'algorithme produit un résultat qui influence la manière dont nous nous informons. Il peut utiliser nos données personnelles. Définition complète à consulter ici . • Une Intelligence Artificielle est un système de calculs informatiques créé par des ingénieur·es et des scientifiques. Elle a de nombreuses applications dans beaucoup de domaines (vie quotidienne, monde du travail, médias, économie, santé, science, défense, etc.) via des prédictions, recommandations, solutions technologiques, productions de contenus. Elle utilise et crée des algorithmes à partir de très grandes quantités de données, dont des données personnelles. Elle s'oppose à l'intelligence biologique. Définition complète à consulter ici .

Voir l'article
Logo de la revue d'appartenance NRP

L’IA générative : une révolution dans la création automatisée ? - Technologies

Par Pierre Bourgeois, professeur de mathématiques Les nouvelles possibilités qu’offre l’intelligence artificielle dite « générative » remettent profondément en question notre conception traditionnelle de la créativité et de l’originalité. Si une machine peut générer du contenu artistique ou littéraire de manière autonome, comme c’est déjà le cas actuellement, des interrogations sur le rôle de l’homme en tant que créateur et sur la nature même de la créativité apparaissent. Tout au long de l’année, nous vous proposons une série d’articles sur l’IA générative, son impact dans nos vies et dans les métiers de l’éducation. Quels changements dans nos vies ? Une révolution ? Les avancées actuelles de l’intelligence artificielle générative (IA) font penser à d’autres moments clés de l’histoire où l’humanité a connu des changements profonds. Peut-être vivons-nous un tel moment, une véritable révolution qui transforme de manière significative de nombreux domaines tels que la création artistique, la recherche scientifique, la conception de produits et plus généralement la façon d’utiliser l’ensemble des connaissances humaines accumulées au cours des siècles. L’arrivée d’internet a envoyé au pilon dictionnaires et encyclopédies, seuls outils de référence au siècle dernier pour obtenir des informations et des connaissances fiables. Google, les moteurs de recherche et Wikipédia ont balayé tout cela. Le monde du travail va-t-il subir un changement de la même ampleur que celui vécu lors de la révolution industrielle, quand le passage de l’artisanat à la production à grande échelle a radicalement transformé la société ? Sans disparaître, des dizaines de métiers seront affectés. Pour les rédacteurs, journalistes, traducteurs, graphistes, designers, professionnels du droit et de la finance, l’automatisation des tâches répétitives et laborieuses et l’assistance apportée par les machines aux processus de production et de création vont modifier les compétences requises et la nature de leur travail. Leur nombre diminuera drastiquement. En 2000, 600 traders travaillaient au siège de la banque d’affaires de New York Goldman Sachs, ils ne sont plus que deux en 2023. Va-t-on vers des mutations encore plus profondes, comparables à celles de la Renaissance puis des Lumières qui ont remis en question les croyances établies et ont ouvert de nouvelles voies de compréhension du monde ? Avec l’IA, notre rapport à la vérité évolue : peut-on croire ce que l’on lit, ce que l’on voit, ce que l’on entend ? Que sait faire l’IA générative ? Aujourd’hui, l’IA générative est capable de produire des textes, des images, de la musique, des vidéos et d’autres formes de contenus dont le niveau de qualité et de réalisme les rend indiscernables des productions humaines. Grâce à l’apprentissage profond (le fameux « deep learning »), les modèles d’IA générative peuvent imiter le style, la structure et même l’esthétique humaine dans des processus de création qui nécessitent l’utilisation d’immenses quantités de données. Tous les formats de productions sont concernés. L’IA sait générer du texte : des modèles, dont le plus célèbre est le médiatique « ChatGPT » de la firme OpenAI, sont capables de produire des articles de presse, des résumés, des histoires fictives, voire des poèmes. À partir de descriptions textuelles, l’IA peut aussi créer une image qui peut paraître authentique mais qui n’existe pas réellement. L’IA compose aussi des mélodies, des harmonies et des rythmes originaux, dans un style particulier ou à partir d’un thème donné. Une IA générative peut même composer une chanson qui imite à la perfection le style d’un chanteur, à tel point qu’en avril dernier, le groupe Universal a demandé à la plateforme de musique en ligne Spotify de retirer des dizaines de milliers de morceaux générés par des IA qui utilisent les voix de leurs artistes. Comme pour les images, des modèles d’IA peuvent prendre une description textuelle d’une scène ou d’une action et générer une séquence vidéo correspondante, même si cela requiert des ordinateurs très puissants et des quantités énormes de données. En fournissant une description comme « un chat jouant avec une balle dans un jardin ensoleillé » le programme d’IA génère une séquence vidéo réaliste respectant la demande. Comment en est-on arrivé là ? L’histoire des sciences montre que, très souvent, des raisonnements abstraits et des concepts théoriques précèdent les découvertes techniques. Voici deux exemples fascinants qui ont joué un rôle dans l’invention de l’informatique d’abord, puis dans l’apparition de l’intelligence artificielle. Leibniz et le code binaire Dans son livre Explication de l’arithmétique binaire (1703), le mathématicien Gottfried Wilhelm Leibniz expose en détail ses idées sur l’utilisation du système binaire pour les calculs mathématiques. Il simplifie, se débarrasse des encombrants chiffres 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8 et 9 que nous utilisons tous les jours, pour ne garder que le 0 et le 1. Leibniz présente sa vision théorique d’une machine à calculer binaire, qu’il = essaiera même de construire en utilisant des sphères de métal qui peuvent occuper 2 positions, « haute » pour représenter le 1 et « basse » pour le 0. Il n’y parviendra pas. Il faudra attendre 240 ans pour que le premier ordinateur programmable voie le jour. Ne reprochons pas trop à Leibniz son échec. À son époque, l’électricité, base de l’électronique actuelle, n’était encore qu’un phénomène mystérieux ; Benjamin Franklin, qui allait domestiquer la foudre, n’est né qu’en 1706. En 1943, avec l’invention de l’ordinateur, Leibniz aurait pu voir les conséquences extraordinaires de ses idées sur le système binaire, et serait fasciné par la numérisation actuelle de nos sociétés où tout, textes, images, vidéos, est codé sous la forme d’une suite de 1 et de 0. « Bonjour », c’est « 01000010 01101111 01101110 01101010 01101111 01110101 01110010 » dans la mémoire des ordinateurs. Un peu long pour nous, mais tellement pratique à utiliser pour nos programmes informatiques. On peut y appliquer des calculs mathématiques, on peut les transmettre d’un clic à l’autre bout du monde sans la moindre erreur. Réseaux neuronaux En 1943, Warren McCulloch, neurologue et psychiatre américain, et Walter Pitts, brillant étudiant en mathématiques, collaborent et proposent de modéliser le fonctionnement d’un neurone biologique. Ils créent le modèle « McCulloch-Pitts », une abstraction mathématique qui imite un vrai neurone. C’est un neurone abstrait hyper simplifié, pour des raisons de calculabilité, et ça marche : en connectant plusieurs de ces neurones artificiels, on peut réaliser n’importe quel calcul logique ou arithmétique. En 1957, Frank Rosenblatt invente le « Perceptron », premier neurone artificiel ayant des capacités d’apprentissage. Plus tard, dans les années 1980, Geoffrey Hinton, chercheur canadien, met au point son algorithme de « rétropropagation de l’erreur » : désormais les réseaux de neurones peuvent s’améliorer automatiquement et apprendre. Les bases théoriques de l’apprentissage automatique sont posées. Tout est allé très vite. Trente ans plus tard, les applications pratiques des concepts théoriques de l’apprentissage automatique peuvent être utilisées par quiconque possède un ordinateur et une liaison internet. Geoffrey Hinton, qui a aujourd’hui 76 ans, peut écrire, si ce n’est déjà fait, ses mémoires en utilisant ChatGPT-4. Que sait faire la machine ? La question de la collaboration entre l’homme et la machine a suscité de nombreuses réflexions et interrogations. La réalité rattrape-t-elle la science-fiction ? Les futurologues trop sages vont-ils voir leurs prédictions dépassées en quelques années ? Son inconcevable puissance Il est difficile de réaliser à quel point les ordinateurs actuels peuvent atteindre des vitesses de calcul stupéfiantes. Imaginons un compteur aussi lent par rapport à nous que nous le sommes, pauvres humains, par rapport à un ordinateur. Si ce compteur hyper lent dit « un » aujourd’hui, il dira « deux » dans cent mille ans et « trois » dans deux cent mille ans… Difficile aussi de se rendre compte des immenses capacités dans les traitements de données (les fameux « data ») : ChatGPT-2 a été entraîné sur un ensemble massif de données contenant des centaines de giga-octets de texte seulement. La taille exacte de l’ensemble de données n’a d’ailleurs pas été divulguée publiquement par OpenAI. Pour comparer, en septembre 2021, la version anglaise de Wikipedia occupait environ 21 giga-octets de données – images et vidéos comprises – compressées. Une IA générative est entrainée et apprend à partir de volumes énormes, et la course au gigantisme n’est pas finie. Le plus gros ordinateur actuel, le supercalculateur « Frontier », conçu par Hewlett Packard, vient d’être vendu à une entreprise qui compte le louer aux firmes qui créent des IA génératives. Ses talents d’imitation En 1950, Alan Turing, mathématicien, logicien et cryptographe britannique dont les travaux pionniers ont jeté les bases de l’informatique moderne (Turing est connu aussi pour son rôle crucial dans le décodage des codes allemands pendant la Seconde Guerre mondiale) a proposé un test pour évaluer la capacité d’une machine à produire un comportement intelligent indiscernable de celui d’un être humain. Un humain interrogateur engage une conversation écrite avec deux participants, dissimulés à sa vue ; l’un est un être humain, l’autre est une machine ou un programme d’intelligence artificielle. Si la machine parvient à tromper l’interrogateur en se faisant passer, dans un pourcentage significatif des interactions, pour un être humain, alors elle réussit le test de Turing. Ce test, qui a marqué les débats sur la question « Une machine peut-elle penser ? » est aujourd’hui bien dépassé : en 2014 une machine appelée « Eugene Goostman » a réussi à convaincre plus de 30 % des juges qu’elle était un être humain. Pourtant, même si « Eugene » est parvenu à tromper son monde, on ne peut pas dire que cette machine pense. Elle imite seulement le comportement intelligent d’un être humain de manière extrêmement convaincante et efficace. La machine ne pense pas, elle imite le fonctionnement du cerveau humain. Chaque époque a comparé le cerveau humain à l’objet technologique le plus avancé : une horloge complexe avec ses mécanismes d’engrenages, plus tard une machine à vapeur, avec ses leviers et ses processus mécaniques, dans l’Antiquité un système hydraulique. Comparer le cerveau à un ordinateur n’est qu’une étape de plus. Les transhumanistes, partisans de la « singularité technologique », qui croient que dans un futur proche l’intelligence artificielle deviendrait si avancée qu’elle atteindrait et dépasserait la conscience humaine vont peut-être devoir attendre encore un peu.  

Voir l'article
Logo de la revue d'appartenance NRP

L’IA générative : une révolution technologique qui devient pédagogique ?

Par Emmanuel Pasquier, Directeur du développement institutionnel et des partenariats stratégiques On parle beaucoup d’IA générative, de son utilisation par les enseignants, et de la façon dont les élèves peuvent l’utiliser. De nombreuses craintes accompagnent cette évolution, qui ressemble davantage à une révolution. On s’inquiète : quel sera le travail de l’enseignant si l’IA sait générer des leçons, corriger des copies, suivre individuellement chaque élève ? Les étudiants deviendront-ils passifs, perdront-ils la curiosité d’apprendre laissant ChatGPT chercher les informations et écrire à leur place ? Sans nier le bouleversement que suppose l’accès à des IA de plus en plus puissantes, ni le vertige qu’une IA omnisciente peut entraîner, on peut aussi envisager ces outils avec lucidité, sans passion. Un outil pour tous, et pour les enseignants Sachant qu’on peut leur demander d’inventer une chanson dans le style de Claude François aussi bien que d’analyser et d’interpréter des images médicales, on ne peut douter de l’aide que les IA peuvent apporter aux enseignants dans leur travail préparatoire. Qui voudrait faire progresser ses élèves en orthographe en leur proposant un petit rituel de dictée peut demander à l’IA de générer des textes de plus en plus longs, de plus en plus en plus complexes, voire d’échanger avec des agents conversationnels. Ces IA contiennent aussi très clairement un volet de facilitation des tâches préparatoires, qu’elles soient administratives ou pédagogiques. Une IA peut par exemple envoyer des alertes automatiques selon des paramètres définis par le professeur principal (absence, note, comportement), fluidifier la communication avec les parents, faciliter le remplissage du cahier de textes en faisant une synthèse de documents ou encore planifier et faciliter les périodes où l’activité administrative se densifie, comme celle des conseils de classes. Les enseignants et les autres membres du personnel éducatif ne sont pas toujours conscients que, comme dans d’autres professions, l’adoption des approches proposées par l’intelligence artificielle deviendra inévitable, et les résistances céderont, comme en d’autres temps elles ont cédé face à l’usage des outils informatiques. L’École ne pourra pas rester hermétique à ce bouleversement. Ces évolutions présentent des enjeux significatifs en matière de formation et d’acculturation, et il y aura là forcément quelque chose d’un peu coercitif. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que l’IA peut représenter un gain considérable de temps et d’énergie, permettant ainsi de se recentrer sur le coeur de la mission éducative. En ce sens, l’IA constitue une réelle opportunité. La qualité d’une IA repose sur deux choses. La puissance et l’intelligence de la machine d’une part, et la quantité et la qualité de données auxquelles elle a accès de l’autre. Cet avantage peut s’avérer un frein dans le domaine de l’éducation, quand le plus important demeure la transmission de savoirs fiables et vérifiés. ChatGPT répond à une question, souvent sans modalisation, et peut donner pour vraie une réponse absolument fausse. Si on le lui fait remarquer, l’IA présente de plates excuses et tente de se corriger. C’est d’ailleurs d’abord comme ça que les IA ChatGPT et Bard se sont fait connaître : de manière un peu scandaleuse, parce qu’elles véhiculaient sous la forme d’informations des erreurs, des fautes ou des mensonges, comme le Pape et sa doudoune blanche, ou des biographies d’hommes et de femmes publics truffées d’inexactitudes. La palme va d’ailleurs à ChatGPT, grand baratineur, qui se montre toujours très persuasif, quelles que soient les âneries qu’il profère. Cette méfiance bien légitime à l’égard des contenus générés via une IA ne doit pas nous priver d’une technologie qui permet d’ouvrir de nouvelles possibilités éditoriales, créatives et pédagogiques. Encore faut-il, pour en faire bon usage, en maîtriser les grands principes, et les contenus sources sur laquelle elle s’appuie. La grande question inhérente à celle de l’IA est relative aux contenus sources. Si les IA produisent des fake news, si des erreurs se glissent dans leurs réponses, c’est que les contenus dans lesquels elles vont moissonner les ont nourries de ces erreurs. Un usage éducatif d’intelligences artificielles requiert des garanties, une transparence sur les fonds documentaires dans lesquels vont puiser ces IA, contrairement à ce que font Bard ou ChatGPT par exemple. Si l’on circonscrit les ressources à partir desquelles l’IA est invitée à générer du contenu, leur utilisation devient extrêmement intéressante et précise. Dans la tech, de nombreuses entreprises françaises s’y intéressent, avec une IA capable de puiser dans les contenus d’un manuel par exemple pour produire de nouveaux cours, des quiz, des exercices, des réponses à des questions, des diaporamas… ou bien associer des thèmes, des concepts liés à la requête de l’utilisateur pour favoriser la découvrabilité* des contenus. L’enseignant, qui serait alors aux commandes, pourrait, en fonction de ses besoins, personnaliser son manuel de manière extrêmement fine. Il peut non seulement réorganiser les ressources comme c’est déjà le cas avec les outils de granularisation*, mais encore demander à l’IA de s’adapter à sa situation d’enseignement. Il peut lui demander de simplifier si sa classe rencontre des difficultés ou d’approfondir si, au contraire, les élèves sont à l’aise avec une notion. L’IA peut en quelques secondes produire un parcours d’apprentissage adapté aux contraintes, aux besoins d’un élève ou en créer deux ou trois qui traitent du même sujet à des rythmes différents, pour la différenciation. Plateformes « classiques » vs IA générative Ce que fait l’IA, d’une certaine manière, le numérique « classique » le faisait déjà, à partir de graphes, d’inférences, d’algorithmes* de web sémantique* (on parle d’IA symbolique*). L’IA est guidée, orientée avec des limitations plus fortes certes, mais souvent « à la main » de l’enseignant qui pilote, déclenche ou stoppe le support de l’IA. Ces plateformes imposent des réflexions qualitatives beaucoup plus profondes sur la didactique, sur l’usage qui en sera fait et par qui, en relation avec l’acquisition des notions (connaissances et compétences). Elles répondent donc fortement à des critères éthiques (by design*), de transparence, de confidentialité et de sécurité. Elles imposent en revanche des temps de développement et des moyens plus conséquents pour aboutir à de véritables bénéfices pédagogiques. D’un autre côté, le machine learning – et l’IA générative est une de ses branches – vient bouleverser cette approche en offrant des capacités de traitement gigantesque, d’amélioration en continu des modèles, de précision des résultats voire de prédiction. L’addition des 2 voies de l’IA (IA symbolique d’un côté et machine learning de l’autre) permet d’entrevoir des bénéfices très intéressants pour l’utilisateur. À la fois une « usine à production » basée sur l’IA générative qui vient compléter, enrichir, ouvrir de nouveaux territoires de création en puisant dans des corpus de données fiables et reconnus, et de l’autre l’IA symbolique, « un GPS » qui vient créer le parcours le plus adapté et direct vers la réussite. Sous la supervision de l’enseignant. Reste un impératif et un défi : l’IA explicable. Assurer la confiance dans ces nouveaux outils, a fortiori dans l’Éducation, passe par une IA compréhensible dont les choix sont transparents. La vérification de la provenance des données, l’analyse des données d’entrées et de sorties, et le caractère déterministe ou non de l’algorithme utilisé sont des leviers majeurs d’adoption. La collaboration ici entre les laboratoires, les développeurs, les entreprises et les utilisateurs est indispensable. Les enseignants ont un grand rôle à jouer pour bâtir ces outils qui pourront mieux les aider encore au quotidien. Quel que soit le chemin, le corps enseignant doit comprendre ces nouveaux enjeux car ils vont structurer à terme nos façons de produire, de communiquer, d’interagir, qu’on le veuille ou non. Ni technophile, ni technophobe : juste un principe de réalité qui peut, si nous le prenons à bras-le-corps, ouvrir de nouvelles voies (et vocations ?) pour la réussite de chaque élève. Lexique *Découvrabilité : capacité d’un contenu à être découvert sur Internet, au sein d’une base de données, d’un catalogue par exemple. *Granularisation : procédé visant à découper un contenu en plusieurs petits grains indépendants qui peuvent être ensuite réassemblés au sein d’un parcours pédagogique. *Algorithme : ensemble de règles, d’instructions informatiques permettant de systématiser une tâche et de résoudre un problème défini. *IA symbolique ou « rule based AI » : branche de l’intelligence artificielle basée sur des suites logiques de règles prédéfinies. *Web sémantique : communément appelé le Web 3.0, le web sémantique est un Internet où les informations ne sont pas seulement liées, mais où leur sens est aussi traité. *Ethic by design : fait d’intégrer, dès la conception d’un nouveau produit ou service, des valeurs et des principes déontologiques. *Prédiction : action de prévoir, annoncer par avance.

Voir l'article

2

Ressources
complémentaires

Logo de la revue d'appartenance NRP

Séquence pédagogique

Le théâtre à Rome : un héritage étrusque

Dans son Histoire romaine , Tite-Live narre comment les Romains ont importé le théâtre, héritage étrusque, et l’ont coulé dans leur moule.

Voir l'article

5

Ressources
complémentaires

Logo de la revue d'appartenance NRP

Séquence pédagogique

Écrire un récit court au passé

Une série de fiches qui permet de réviser les conjugaisons et l’emploi des temps du passé. À la fin, des fiches d’autocorrection sont disponibles pour les élèves.

Voir l'article
Logo de la revue d'appartenance NRP

Demandez le programme 2023-2024 !

N° 682 – Septembre 2023 Histoires d’amitié « Parce que c’était lui, parce que c’était moi », dit Montaigne de son ami La Boétie. L’amitié sera traitée dans ce numéro à travers des œuvres de littérature contemporaine, mais aussi patrimoniales, comme Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas en 4 e et L’ Ami retrouvé de Fred Uhlman en 3 e . N° 683 – Décembre 2023 Monuments littéraires Maisons, immeubles, monuments historiques ont leur place dans ce numéro qui croise architecture, littérature et histoire, au cœur de romans comme Pot-Bouille de Zola. C’est aussi l’occasion d’étudier et d’écrire des récits policiers. N° 684 – Mars 2024 Quatre ans au collège : préparer le brevet et faire le bilan On apprend beaucoup de choses au collège. Comment ancrer ces connaissances ? Dans ce numéro, une fois n’est pas coutume, on se concentre sur l’année de 3 e pour aider les élèves d’une part à s’entrainer au Brevet, d’autre part à asseoir des savoirs et des méthodes afin d’aborder sereinement la classe de 2 de . N° 685 - Mai 2024 Le corps et le sport À la veille des JO de Paris, le sport sera le thème central de ce numéro. Il y sera question de champions et de héros, mais aussi de la place du sport dans l’éducation, et des valeurs de l’olympisme. Pour vous abonner, rendez-vous sur le site rubrique  Abonnement . -->

Voir l'article
Logo de la revue d'appartenance NRP

« Si j’étais professeur, je serais fière de ce que je ferais »

Quelques jours après l’assassinat du professeur de français Dominique Bernard, lundi 16 octobre, tous les élèves ont respecté une minute de silence en mémoire des attentats commis contre l’école. Une professeure de français de collège a demandé à ses élèves d’écrire un texte qui commence par « Si j’étais professeur ». Voici les mots d’Agathe. (Cliquez sur l'image pour l'afficher en plein écran) «  Moi, si j'étais [professeur], je ferais du français, je ferais beaucoup de rédactions, pour nettoyer et enrichir le cerveau de mes élèves. Peut-être qu'eux mêmes m' [apprendrons] des choses que je ne savais pas. Si j'étais [professeur], je serais fière de distribuer du savoir. Je serais drôle, stricte, juste... Pour montrer qu'avec des mots, on peut blesser, tuer, mais aussi soigner, [emmerveiller], ... Si j'étais [professeur], je serais heureuse de pouvoir donner l'envie d'en savoir plus à tout mes élèves. Le matin, si j'étais [professeur], je me leverais en pensant à mon travail. Je défendrais les droits des enfants qui n'en n'ont pas. Je serais fière de ce que je ferais et fière de moi... Si j'étais [professeur], ...» 

Voir l'article
Logo de la revue d'appartenance NRP

« Si j’étais professeur, je serais fière de ce que je ferais »

Quelques jours après l’assassinat du professeur de français Dominique Bernard, lundi 16 octobre, tous les élèves ont respecté une minute de silence en mémoire des attentats commis contre l’école. Une professeure de français de collège a demandé à ses élèves d’écrire un texte qui commence par « Si j’étais professeur ». Voici les mots d’Agathe. (Cliquez sur l'image pour l'afficher en plein écran) «  Moi, si j'étais [professeur], je ferais du français, je ferais beaucoup de rédactions, pour nettoyer et enrichir le cerveau de mes élèves. Peut-être qu'eux mêmes m' [apprendrons] des choses que je ne savais pas. Si j'étais [professeur], je serais fière de distribuer du savoir. Je serais drôle, stricte, juste... Pour montrer qu'avec des mots, on peut blesser, tuer, mais aussi soigner, [emmerveiller], ... Si j'étais [professeur], je serais heureuse de pouvoir donner l'envie d'en savoir plus à tout mes élèves. Le matin, si j'étais [professeur], je me leverais en pensant à mon travail. Je défendrais les droits des enfants qui n'en n'ont pas. Je serais fière de ce que je ferais et fière de moi... Si j'étais [professeur], ...» 

Voir l'article
Logo de la revue d'appartenance NRP

Chaud devant ! Dessine pour demain - Lire au CDI

Par Claire Rouveron, professeure documentaliste membre de l’A.P.D.E.N Le projet « Chaud devant ! Dessine pour demain » se donne pour ambition de travailler le dessin de presse avec une classe de 6e sur des thématiques écologiques, dans une perspective d’éducation au développement durable. Alliant les objectifs disciplinaires des professeurs d’histoire-géographie-EMC, de français et du professeur documentaliste, le travail artistique de réalisation d’un dessin d’actualité est complété par la rédaction d’un poème en français. Le tout est rassemblé dans une exposition interactive associant productions plastiques et numériques. Décoder le dessin de presse En premier lieu, les élèves découvrent l’exposition « Dessine-moi l’écologie 1 » réalisée par l’Association Cartooning for Peace. Celle-ci traite, notamment, des enjeux liés à la pollution, à la gestion des déchets, aux migrations climatiques, aux catastrophes naturelles ou encore à la biodiversité, afin de sensibiliser au dérèglement climatique et d’inciter à s’engager en faveur d’un monde durable. Le professeur documentaliste aborde avec les élèves l’histoire du dessin de presse, questionne le statut du dessinateur de presse, également journaliste, analyse les enjeux de la liberté d’expression et de la presse. Un dessin, oui, mais surtout un message, un engagement et un point de vue exprimés. Les techniques et les figures de style utilisées dans le dessin de presse, à visée souvent satirique, sont étudiées en coopération avec le professeur de français : le paradoxe, la personnification, la caricature, etc. Réaliser un dessin de presse sur l’environnement En second lieu, les élèves investissent les connaissances théoriques acquises précédemment dans la réalisation plastique d’un dessin de presse. Encadrés par un dessinateur de presse professionnel et par les professeurs de la classe, et plus particulièrement le professeur d’histoire-géographie, ils réfléchissent tout d’abord à la problématique environnementale qu’ils souhaitent aborder. Pour ce faire, un corpus de romans et de livres documentaires leur est proposé comme sources d’inspiration 2 . Puis, pendant cinq séances, les élèves apprennent des techniques de dessin, des tracés de personnages, d’animaux, de décors. Ils réfléchissent également à la notion de slogan, à la petite phrase « choc » qui accompagnera et dénoncera la situation mise en images. Les dessins ont vocation à être exposés, accompagnés d’un texte explicatif (genèse du choix de la problématique soulevée, techniques artistiques utilisées, solutions proposées pour un avenir durable, etc.). Écrire un poème : « Demain... » En troisième et dernier lieu, en complément du texte d’accompagnement du dessin, les élèves s’essaient à une autre forme d’écrit plus littéraire : le poème. En vers ou en prose, c’est au choix de chacun, les élèves racontent une histoire sur l’avenir, sur « Demain... ». Pour amorcer le travail d’écriture, les élèves sont invités à participer collectivement à un « remue-méninge » autour du mot « environnement ». Les élèves doivent noter sur des post-its tous les mots qui leur viennent spontanément à l’esprit. Les mots sont ensuite collés au tableau puis recopiés et classés en deux catégories : « problèmes » et « solutions ». Les élèves ont alors la possibilité de « piocher » des idées parmi les mots notés ou d’en choisir de nouveaux afin de rédiger leur poème pour la planète de demain. Les élèves s’entraînent ensuite à la lecture de leur texte à voix haute, dans l’optique de créer des enregistrements sonores qui seront intégrés à un livre numérique regroupant les dessins et poèmes réalisés par l’ensemble des élèves. La production numérique complète alors la production plastique dans une exposition interactive proposée à l’ensemble des élèves et des personnels de l’établissement. 1. https://www.calameo.com/read/00252483963363b29b93b 2. Une sélection partielle est proposée dans la bibliographie ci-dessus. NOTION INFO-DOCUMENTAIRE : EXPLOITATION DE L’INFORMATION L'exploitation de l'information comprend différentes actions de traitement (sélection, prise de notes, évaluation et référencement de l'information pertinente) permettant de comprendre, d'organiser et d'utiliser l'information pour répondre à ses besoins. Notion organisatrice de journalisme. Définition complète à consulter sur : https://wikinotions.apden.org/notions.php?p=consult&nom=Exploitation%20de%20l%27information BIBLIOGRAPHIE Documentaires • Ça chauffe pour la planète ! : 60 dessins de presse , Gallimard loisirs, 2018. • Jacques Azam, C'est quoi, l'écologie ? : nos réponses dessinées à tes questions pressantes , Milan jeunesse, 2017. • Karine Balzeau, Clémence Lallemand, Trier les déchets, ça sert à quoi ? : et toutes les questions que tu te poses pour protéger la planète... , Fleurus, 2018. • Karine Balzeau, Laurent Audouin, Défis zéro déchet : 32 défis à relever pour protéger la planète ! , Rusti'kid, 2019 et 2020 • Emmanuelle Figueras, Terramania : biodiversité, écologie, écosystèmes , Milan jeunesse, 2018. • Sophie Frys, Vis une année sans plastique ! : en 52 missions , Fleurus, 2020. Romans • La série de Thierry Colombie, Polar vert , chez Milan jeunesse : 1. Les Algues assassines , 2021 ; 2. Anguilles sous roches , 2022 ; saison 2 - 1, La Malédiction de l’ours , 2022 ; saison 2 - 2, Les Arbres magiques , 2023.

Voir l'article

2

Ressources
complémentaires

Logo de la revue d'appartenance NRP

Séquence pédagogique

La fondation de Rome

Voir l'article

8

Ressources
complémentaires

Logo de la revue d'appartenance NRP

Séquence pédagogique

Fred Uhlman, L’Ami retrouvé, entre roman historique et autobiographique

Voir l'article

5

Ressources
complémentaires

Logo de la revue d'appartenance NRP

Séquence pédagogique

Quand les élèves construisent la leçon : Écrire des phrases bien orthographiées

Voir l'article

10

Ressources
complémentaires

Logo de la revue d'appartenance NRP

Séquence pédagogique

Mes forêts, Hélène Dorion

Voir l'article

4

Ressources
complémentaires

Logo de la revue d'appartenance NRP

Séquence pédagogique

Au fil des siècles, la question du consentement

Voir l'article

2

Ressources
complémentaires

Logo de la revue d'appartenance NRP

Fiche élève

Le groupe nominal dans Mes forêts, et des textes du parcours associé

Voir l'article

5

Ressources
complémentaires

Logo de la revue d'appartenance NRP

Séquence pédagogique

La forêt des contes, hier et aujourd’hui

Voir l'article
Logo de la revue d'appartenance NRP

Ma langue et moi - Atelier d'écriture

Par Marie-Françoise Roger Proposer un atelier sur son propre rapport à la langue, langue maternelle, langue de l’autre, peut aider les élèves (4 e -3 e ) à se situer eux-mêmes. Deux écrivains, Leïla Sebbar et Aharon Appelfeld, apportent des pistes éclairantes pour mener à bien cette quête langagière. Le bruissement de la langue Aharon Appelfeld est né en 1932 près de Czernowitz – il a vécu dans la même rue que le poète Paul Celan. L’allemand est sa langue maternelle. Dans Histoire d’une vie , il narre comment il lui semble que son premier souvenir est né au mot Erdbeeren : « fraises ». Mais son enfance est baignée de plusieurs langues. Ses parents, des juifs athées et aisés, parlent l’allemand entre eux et avec lui, ses grands-parents, des juifs religieux, parlaient le yiddish, et les domestiques parlent ukrainien. Pendant la guerre, à dix ans à peine, il s’enfuit du camp où lui et son père ont été déportés (sa mère a été abattue pendant les pogroms de 1941) ; il survit soit seul, soit avec divers déclassés ukrainiens. À la fin de la guerre, il émigre en Palestine depuis l’Italie. Il évoque, dans le chapitre 18 d’Histoire d’une vie, son mutisme, son bégaiement, son sentiment d’être perdu : « Sans langue je suis semblable à une pierre ». À l’adolescence, en plus de l’hébreu qu’il ne sait pas, il a réapprend à lire et à écrire. « Pour moi, écrire, c’est chercher un foyer. Je suis arrivé dans ce pays – Israël – quand j’étais adolescent, je n’avais pas de parents, pas de langage. L’écriture est ainsi devenue une sorte de quête de moi-même. » Appelfeld se défie des « mots soigneusement choisis et des slogans ». Il écrit : « Je haïssais depuis mon enfance les mots précieux et prétentieux, auxquels je préférais les mots petits et tranquilles qui évoquaient des odeurs et des sons ». La langue des origines Leïla Sebbar, romancière et nouvelliste, est née le 19 novembre 1941 à Aflou (Hauts-plateaux dans le département d’Oran), en Algérie coloniale, d’un père algérien et d’une mère française, tous deux instituteurs. Elle vit en France à partir de l’âge de dix-huit ans. Leïla Sebbar a expliqué, notamment dans Je ne parle pas la langue de mon pèr e (2003) et L’arabe comme un chant secret (2007), que le fait de ne pas apprendre la langue arabe pendant l’enfance et l’exil dès son jeune âge adulte en raison de la guerre d’Indépendance ont créé chez elle un gouffre identitaire difficilement cicatrisable. « Je me suis perdue à moi […] Qui pouvait me reconnaître ? Mon père. Ma mère. Où je risquais d’être reconnue ? » dit-elle en s’interrogeant sur son identité. Ses interrogations renvoient systématiquement à son enfance : « Je sais que mon père était arabe, moi aussi ? » Dans L’arabe comme un chant secret , elle évoque ses rencontres, enfant, avec la famille de son père : « Tout me sépare de la mère et des sœurs de mon père. La langue, les gestes, les manières, les habitudes domestiques. » Elle se souvient des « rires de cette après-midi d’été dans une cour fermée, protégée par l’odeur du figuier mêlée au miel des gâteaux que nous allons emporter pour le voyage dans la Peugeot 202 noire. » Là encore, la langue de l’enfance est celle des couleurs, des odeurs, des saveurs… Pour ces deux écrivains, la langue maternelle est celle des sensations que transmet la mémoire. Ils ne se reconnaissent pas dans la langue apprise. Proposition pour un atelier Chaque élève s’interrogera sur son rapport à la langue. D’où lui vient-elle ? A-t-il ou elle déjà entendu d’autres langues ? Chacun a peut-être fait l’expérience d’instants où l’on peut se sentir dépossédé de sa langue. Perdu parce que l’on est en pays étranger, ou au milieu d’autres qui parlent une langue différente soit parce qu’elle est étrangère soit parce que ce n’est pas la langue à laquelle on est habitué. C’est une langue recherchée, trop savante, mêlée d’expressions locales, de mots rares que l’on ignore, inhabituelle par ses intonations, ses accents, ses particularités. Chacun se souvient de l’apprentissage de sa langue ou d’une langue étrangère, ses difficultés, ses plaisirs, essaie de mettre en mots les difficultés qu’il a pu ressentir, le sentiment d’être seul, incapable d’échanger avec l’autre qui ne parle pas la même langue, ou au contraire le plaisir que l’on a pu éprouver à découvrir la parole et l’écriture, ainsi que les échanges que permet l’apprentissage d’une langue. On fera le récit d’une de ces expériences.  

Voir l'article
Logo de la revue d'appartenance NRP

À Elbeuf, la lecture au cœur du projet pédagogique

Par Claire Beilin-Bourgeois, avec Véronique Vieux, professeure de Lettres modernes, organisatrice du salon Plumes en Seine Lovée dans un méandre de La Seine, Elbeuf est une ancienne cité drapière dont le nom affleure dans les récits de Maupassant et de Flaubert. La ville abrite le collège-lycée Fénelon, qui organise depuis 2019 un projet audacieux autour de la lecture. Chaque année à l’automne, il se concrétise par un événement original : le salon Plumes en Seine, le seul de ce type, organisé entièrement en milieu scolaire. Les classes Évasion-lecture La classe lecture se déroule sur un cycle de 2 ans (6 e /5 e ) que l’élève s’engage avec ses parents à suivre jusqu’au bout. Elle implique deux heures par semaine en plus de l’emploi du temps habituel. Chaque cours de Français débute par 5 minutes de lecture à haute voix. Les collègues des autres disciplines s’associent au projet en faisant alternativement des lectures en lien avec leur matière. Grâce à cette sensibilisation au plaisir que donne la lecture, le bonus de temps est consacré aux activités dans le cadre des heures « Évasion Lecture ». Verbatim « J’aime que les profs lisent au début ou à la fin du cours car cela nous fait découvrir d’autres livres » (Jalaé, 6 e ) « La classe lecture m’a apporté beaucoup de choses, j’étais très timide et là je ne le suis plus, je n’aimais pas lire et maintenant j’adore. Je ne peux pas ne pas lire de la journée. » (Imany, 6 e ) « Ce que je préfère ce sont les 5 minutes de lecture avant de commencer le cours. » (Axel, 6 e ) « En 6 e , je ne voulais pas aller en classe lecture car on avait 2 heures en plus, mais en réalité c’est bien. Ça fait un an et demi que je suis là, je ne le regrette pas. » (Renan, 5 e ) « Quand notre professeur commence le cours, la première chose que l’on fait c’est la lecture d’un livre, du coup quand on commence, on est tous, comment dire, apaisés et surtout intéressés. » (Imane, 5 e ) Lire et faire Le projet est organisé autour d’une gamme d’activités que les professeurs veulent la plus étendue possible. L’activité première est … la lecture. Ainsi, une bibliothèque de classe permet aux élèves d’emprunter les ouvrages pour les lire, autant qu’ils le souhaitent. Suivent les activités autour des lectures. Certaines entrent dans un cadre rigoureusement scolaire, comme des exposés et des ateliers d’expression orale. Par ailleurs, les élèves participent à des rencontres et des échanges avec les écrivains. La liste des activités proposées s’allonge chaque année. Elle s’étend de la création de jeux de société et de calendriers sur un livre ou un thème à l’organisation d’un running culturel autour d’Elbeuf. Verbatim « J’aime les livres et je me suis dit " cette classe est faite pour moi " Et je ne le regrette pas ! Ce que j’aime dans cette classe lecture c’est qu’il y a 2 heures d’évasion lecture par semaine, on présente des livres, on peut en emprunter, on fait des exposés sur différents thèmes et on fait des sorties scolaires. » (Tom, 6 e ) « J’adore travailler à plusieurs pour faire nos jeux et aussi travailler l’oral. » (Nina, 6 e ) « J’aime la classe lecture car c’est une classe où l’on fait toujours quelque chose, un projet est toujours en cours. » (Amina, 5 e ) « Trois auteurs cette année qui sont intervenus dans notre classe pour nous parler de leur métier. » (Célia, 5 e ) Le salon Plumes en Seine Le salon du livre Plumes en Seine se déroule en novembre au sein de l’établissement. Les enseignants à l’origine du projet, Marie-Laure Ankersmit, Pascal Lozay et Véronique Vieux, ont installé un véritable continuum entre les activités de la classe et le salon. Les élèves de la classe lecture œuvrent à sa préparation, et les auteurs qui participent au salon sont invités à intervenir dans les classes. À l’instar de tous les salons du livre, celui d’Elbeuf reçoit des écrivains, des libraires, des éditeurs, de Normandie et d’ailleurs. C’est d’ailleurs un normand, Michel Bussi, ancien élève de l’école, qui a parrainé la première édition, suivi en 2021 par Anny Duperey et en 2022 par Philippe Torreton. Verbatim « Le salon du livre nous a permis de découvrir 50 auteurs dont 1 invité d’honneur. Il y a aussi des auteurs qui interviennent dans notre classe pour nous expliquer leur métier et comment écrire un livre. » (Alban, 5 e ) « La préparation du salon du livre, s’occuper des invités : mener ce projet du début à la fin du haut de leurs 12 ans représentait une grosse responsabilité. » (Parents de Julian, 5 e ) Des enjeux au-delà de la lecture ? Au détour d’une phrase, nombreux sont les élèves qui disent que le bénéfice qu’ils retirent du projet dépasse l’accès à la lecture. Peu à peu, les échanges réguliers permettent de vaincre sa timidité, de commencer l’heure de cours plus détendus, d’acquérir une certaine aisance à l’oral. Une manière, donc, d’entretenir des relations simples entre pairs, de laisser un peu plus de place à l’imaginaire et au jeu dans la classe, ce qui n’a rien d’anecdotique. « Le projet Évasion lecture », analyse un parent d’élève, « c'est, à l'école, l'accompagnement de nos enfants dans l'exploitation de leur monde intérieur, par-delà des notions d’apprentissage pur. C’est une ouverture aux mondes, réel, imaginaire et artistique, et aux autres, car il porte en lui de nombreux échanges et interactions entre les enfants et avec les adultes. C’est presque un maintien d’un lien de parentalité… de la petite histoire du soir. »

Voir l'article
Logo de la revue d'appartenance NRP

Enseigner sereinement, épisode 4 - Les collègues, remède à l’anxiété professionnelle

Par Violaine Carry, professeure de Lettres Vous l’entendez, cette petite voix qui vous dit que vous n’avez pas fini de corriger les rédactions de 5 e , que vous avez encore un contrôle de lecture à pondre ce week-end en sus des séances de la semaine à réajuster – ah et puis j’ai oublié d’envoyer un mail au Louvre pour les 6 e et… Oui, cette petite voix qui ne s’arrête jamais, ni pendant les week-ends, ni pendant les vacances, et nous poursuit parfois jusque dans nos rêves, vous l’entendez, n'est-ce pas ? La place de l’égo Cette petite voix, que certains d’entre nous ne parviennent pas à mettre en veilleuse, est sans doute un des premiers facteurs de burn-out chez les enseignants, et ce pour deux raisons. Tout d'abord, nous en avons déjà parlé dans le premier épisode de cette chronique, il n’est pas toujours facile de ne pas se laisser déborder par la multiplicité des tâches qui nous incombe, d’autant plus que nous nous occupons de jeunes et qu’ outre la pression des parents, nous subissons aussi celle de notre propre conscience professionnelle, sans compter celle de notre hiérarchie. Tout, dans la société, nous rappelle le rôle crucial et donc la responsabilité de l’École dans l’avenir de la nation. Il en découle que le droit à l’erreur est rarement évoqué par les enseignants, qu’on invite plutôt à battre leur coulpe au moindre « faux pas ». Il faut donc bien faire, mieux faire, encore mieux faire. Or, il est toujours possible de mieux faire et ainsi de laisser les temps de préparation de cours et de correction de copies grignoter de manière invasive le temps de déconnexion et de vie privée nécessaire à l’équilibre psychique. C’est que cette injonction touche moins notre besoin de contrôle que ce que Sonia Lupien, chercheuse au Centre d’Étude sur le Stress Humain (CESH), appellerait notre « Personnalité », notre Ego professionnel. Car nos compétences, notre capacité à gérer nos missions, à être à la hauteur des attentes – des élèves, des parents, de l’institution – sont en jeu. Et il s’agit d’un des facteurs de stress relatif les plus puissants, ce qui nous amènera à dépenser beaucoup d’énergie pour répondre à ce que nous percevons comme une menace dirigée contre ce qui fait notre personne. Plus ce sentiment est aigu, plus le taux de cortisol, l’hormone du stress, est élevé et tend, au lieu de nous booster, à nous épuiser. Quand le stress s’immisce Au-delà, notre « petite voix » professionnelle nous place en situation de double-tâche à notre insu. Par sa dimension créative, notre métier nous incite en effet à glaner en dehors de la classe tout ce qui pourrait enrichir notre pratique, de sorte que nous avons tendance à lire la plupart des situations que nous vivons avec nos lunettes de professeur, y compris dans notre vie privée. Cela n’a pas que des inconvénients : nous avons tous pris plaisir à saisir une idée surgie de notre quotidien, avec ce petit shoot de cortisol venu stimuler nos neurones pour résoudre une problématique didactique ou pédagogique. Seulement voilà, le cortisol a pour fonction première de mettre l’organisme en surrégime, le corps n’est pas fait pour supporter cet état sur le long terme. Par ailleurs, l’excès de cortisol provoque la diminution du taux de sérotonine, hormone dite du bonheur. Subir trop de stimulations finit par engendrer des troubles de l’humeur, un épuisement émotionnel qui inhibe joie et bien-être... L’importance des collègues Comment déconnecter vraiment et prendre de la distance avec cette injonction latente au perfectionnisme ? Notre meilleur allié, ce sont sans doute nos collègues. En effet, comme le rappelle Kelly McGonigal, psychologue clinicienne, solliciter de l’aide – de même qu’offrir son soutien , provoque la production d’ocytocine, l’hormone de l’attachement, qui permet de réguler la réponse au stress en diminuant le taux de cortisol : l’organisme cesse de s’emballer et s’apaise. Bien sûr, on peut aussi trouver du réconfort, source d’ocytocine, auprès de ses proches, mais avec une efficacité moindre, et surtout plus ponctuelle. Nos collègues ont un avantage majeur : ils partagent les mêmes contraintes et les mêmes préoccupations. Aussi, là où l’on est tenté d’opposer un « mais tu ne comprends pas », un « je dois absolument » à un celui ou celle qui nous enjoint de lâcher nos copies, nous serons plus sensible aux arguments d’un collègue nous conseillant de ralentir le rythme, de proposer aux élèves telle activité, nettement moins coûteuse en temps et en énergie et tout aussi payante. Cela suppose évidemment une atmosphère de confiance et de bienveillance en salle des professeurs, puisqu’il s’agit de se présenter sans masquer notre vulnérabilité, mais le simple fait de verbaliser avec un pair une difficulté permet de décharger une partie du stress négatif, en se libérant du sentiment d’impuissance. On n’est plus seul face au problème. Les neurones miroirs de notre collègue entrent en action d’autant plus efficacement que la situation lui est rarement étrangère. Aussi n’est-il pas étonnant de trouver, dans les établissements les plus difficiles, des équipes enseignantes particulièrement soudées. Plus il y a d’entraide, plus il y a d’ocytocine libérée, et meilleure est l’ambiance en salle des professeurs. RESSOURCES • Kelly McGonigal, Comment faire du stress votre ami, conférence TED • Travaux de Sonia Lupien sur le site du CESH : https://www.stresshumain.ca/  

Voir l'article

4

Ressources
complémentaires

Logo de la revue d'appartenance NRP

Séquence pédagogique

Faites participer votre classe à un jury de lecture !

Cette séquence explique comment faire participer sa classe de collège à un jury de lecture, entre planification, fiches et, éventuellement, rencontre avec l’auteure ou l’auteur !

Voir l'article

9

Ressources
complémentaires

Logo de la revue d'appartenance NRP

Séquence pédagogique

Une écrivaine (presque) dans la classe

Cette séquence s’intéresse au roman de Flore Vesco, L’Estrange Malaventure de Mirella, entre conte macabre et aventures féministes.

Voir l'article

6

Ressources
complémentaires

Logo de la revue d'appartenance NRP

Séquence pédagogique

Quand les élèves construisent la leçon : le dialogue

Série d’exercices à partir de supports variés (roman, théâtre, bande dessinée) pour comprendre les spécificités du dialogue.

Voir l'article

2

Ressources
complémentaires

Logo de la revue d'appartenance NRP

Séquence pédagogique

Humanité envers les esclaves

Une lettre de Pline le Jeune signale l’évolution d’une partie de la société romaine à l’endroit des esclaves. Le texte est accompagné d’un bas-relief qui donne à voir une cérémonie d’affranchissement.

Voir l'article

2

Ressources
complémentaires

Logo de la revue d'appartenance NRP

L’interrogation, les subordonnées circonstancielles dans La Peau de chagrin

À partir de phrases tirées du roman de Balzac, une série d’exercices portant sur l’interrogation directe et indirecte ainsi que sur les différents compléments circonstanciels est proposée.

Vous avez vu 150 résultats sur 534