La motricité fine désigne les petits mouvements précis des doigts, des mains et des poignets que l’on réalise pour exécuter certains gestes : attraper, déplacer, enfiler, boutonner, lacer, écrire, etc. Elle se développe progressivement, et les experts s’accordent à dire qu’elle n’est généralement pleinement acquise que vers l’âge de 8 ans.
Diverses activités permettent, par le jeu notamment, de construire, d’exercer et de développer les habiletés manuelles de l’enfant dans le but de le préparer aux apprentissages et de favoriser son autonomie.
La coordination bi-manuelle
La coordination bi-manuelle est la capacité d'utiliser les deux mains simultanément pour atteindre un objectif commun, par exemple déchirer une feuille de papier en deux, enfiler des perles sur un support (lacet, tige, etc.), boutonner, lacer... Elle nécessite de pouvoir coordonner efficacement les mouvements des deux mains.
On distingue habituellement trois niveaux de coordination bi-manuelle :
- une action symétrique (les deux mains font le même mouvement, par exemple porter une assiette ou un plateau d’activités à deux mains, frapper des cymbales l’une contre l’autre) ;
- une action coordonnée (les mains se coordonnent pour une même action, mais une main va être davantage utilisée à stabiliser et l’autre main à « faire » l’action, par exemple des activités d’assemblage, des jeux de construction) ;
- une action complémentaire (les deux mains exécutent des actions différentes mais agissent d’une façon complémentaire pour accomplir une même tâche, par exemple découper une feuille de papier avec des ciseaux).
La coordination bi-manuelle se met en place progressivement lors d’activités impliquant une série de mouvements variés dont la complexité dépend de la nature de la tâche à réaliser. De nombreuses activités de la vie quotidienne entraînent aussi l’enfant à utiliser ses deux mains et ses doigts de façon précise et coordonnée. Elles développent considérablement son autonomie : s’habiller, manger, boire, faire ses lacets, etc.
La coordination œil-main
La coordination œil-main (ou oculo-manuelle) est la capacité d'ajuster ses mouvements en fonction d'une « cible » visuelle, par exemple encastrer une pièce dans son support, reconstituer un puzzle, assembler des cubes pour reproduire un modèle, dessiner, faire un coloriage… L’enfant effectue un ensemble de mouvements avec les mains pour accomplir une tâche précise tout en étant guidé par les yeux.
La coordination œil-main est une compétence perceptivo-motrice mettant en jeu le système sensoriel (la vue) et la motricité du bras (main, poignet, avant-bras, coude, épaule). Ainsi, dans un travail graphique, l’enfant utilisera le regard, la pince formée par le pouce et l'index + le support du majeur pour tenir l’outil scripteur, ainsi que les mouvements de l’épaule, du bras, du coude, de l’avant-bras, du poignet, des doigts.
Organiser les activités de motricité fine en classe
Si au cours d’une journée d’école, toutes les actions du quotidien sont bonnes pour travailler la motricité fine, l'enseignant(e) veillera à proposer aux élèves des activités ciblées dans le but d’apprendre à contrôler et à coordonner les mouvements des mains et des doigts.
Elles peuvent prendre la forme d’activités ouvertes dans lesquelles les enfants prendront plaisir à agir, manipuler, découvrir et explorer les possibilités d'un matériel ou d'un jeu (modelage, transvasement, construction, etc.) et d’activités dirigées dans lesquelles il s'agira de répondre à une consigne ou à un modèle de jeu.
La durée de l'activité est un juste équilibre à trouver car elle dépend du rythme d'apprentissage de chaque enfant. S'il est important d'accorder du temps pour la phase de découverte et d'appropriation du matériel, il ne faut pas contraindre trop longtemps à la même activité, tout en s'assurant qu'un jeu commencé sera terminé (sur une ou deux séances si besoin).
En faisant varier les matériels et les outils à manipuler, on induit des postures et des gestes divers : enfiler des perles, empiler des cubes, visser sur un plan vertical ou horizontal, déplacer, pincer, lacer, assembler, coller... L'enfant doit pouvoir refaire plusieurs fois la même activité pour pouvoir progressivement s'approprier les « bons » gestes, analyser ses manipulations, prendre conscience des résultats obtenus.
Les activités de motricité fine aident l'élève à se concentrer, à observer, à comprendre. Elles développent ses facultés d'attention et de concentration. Elles créent aussi des occasions de travail langagier, par exemple en invitant l’enfant à verbaliser ses actions, à décrire ses sensations corporelles – tactiles en particulier –, les étapes de réalisation, etc.
Renforcer l’apprentissage par le mouvement en pédagogie Montessori
« Le fait que les activités soient réparties dans l’espace et soient à disposition de l’enfant le contraint à se déplacer dans la classe. Il se déplace pour aller choisir son activité, pour la porter précautionneusement jusqu’à son lieu de réalisation (tapis ou table), puis pour la ranger. Ces mouvements sont voulus et encouragés par la pédagogie Montessori, car ils favorisent l’apprentissage.
En effet, les neurosciences ont montré que le mouvement vient renforcer le développement intellectuel, validant les intuitions de Maria Montessori qui souhaitait que l’enfant se déplace, fasse des mouvements (grands mouvements corps et bras) et petits mouvements (poignets et doigts). Ainsi, les activités ne sont pas présentées1 à l’enfant près de l’étagère sur laquelle elles sont posées, car le déplacement fait partie de la présentation. Il permet à l’enfant de réveiller et dégourdir son corps avant de se relancer dans une phase de concentration intense pour réaliser l’activité. »
Marguerite Morin, Montessori à l’école maternelle - Pourquoi et comment réinventer sa pratique, Nathan, 2022.
1. Dans la pédagogie Montessori, on appelle « présentation » le temps d’enseignement de l’adulte auprès d’un enfant.