Le programme de français de l’école maternelle rappelle que tout au long du cycle 1, « les élèves fréquentent des textes de plus en plus longs appartenant à tous les genres littéraires, essentiellement des textes patrimoniaux (contes, légendes, fables, poèmes), mais aussi issus de la littérature de jeunesse et de différentes natures (recettes, textes documentaires). Au moins une fois par jour, le professeur lit une histoire et/ou un texte documentaire aux élèves et enseigne la compréhension afin de susciter chez les élèves le goût et le plaisir de la lecture, accompagnant ainsi leurs premiers pas dans la construction d’un parcours de lecteur autonome. » (Extrait du BO du 31 octobre 2024)
Enseigner explicitement la compréhension de textes
Exposer régulièrement les enfants aux lectures est nécessaire mais ne suffit pas. Comme l’indique le programme, « la compréhension de textes requiert un enseignement structuré et guidé par le professeur », avant, pendant et après la lecture. L’objectif est de permettre aux élèves de comprendre une histoire ou un texte documentaire en les questionnant et en explorant les éléments significatifs, de développer une interprétation et de nourrir leur désir de lire.
En amont de la lecture, l’enseignant(e) apporte aux élèves des éléments qui faciliteront leur compréhension. Par exemple, expliciter le contexte de l’histoire, apporter du vocabulaire, des éléments lexicaux, etc.
Pendant la lecture, l’enseignant(e) crée les conditions d’une écoute attentive et confortable pour favoriser la concentration des élèves et faire goûter à chacun le plaisir des histoires entendues. L’objectif de la séance est clairement annoncé aux élèves : il s’agit de comprendre un texte lu par l’adulte.
Après la lecture, l’enseignant(e) anime et oriente les échanges. D’abord par des questions ouvertes, puis par des questions visant la compréhension des informations explicites et implicites du texte : identification et caractéristiques des personnages, de leurs émotions, sentiments et motivations ; identification des lieux ; identification des évènements et de leur enchaînement ; etc. Il (elle) s’appuie sur les illustrations et fait appel à l’expérience personnelle des élèves pour favoriser la compréhension, par exemple des expériences de la vie quotidienne et relationnelle.
Après chaque séance, les élèves restituent ce qu’ils ont compris du texte selon des modalités qui peuvent varier : reformulation, dessin, jeu théâtral, manipulation de marionnettes ou de marottes pour raconter l’histoire. Cette phase de restitution permet de consolider la compréhension.
Enfin, une trace du travail est conservée afin de garder en mémoire les apprentissages. Cela peut se faire à l’aide d’une boîte à histoires, d’enregistrements sonores, de photographies, d’un tapis à histoires, etc.
Le rôle des illustrations
Les interactions entre le texte et l’image participent au travail d’interprétation et d’élaboration du sens de l’histoire.
Les illustrations sont un support d’une grande richesse pour accéder au vocabulaire, compléter le texte, créer des effets de redondance, favoriser la compréhension de l’implicite, créer un effet d’identification aux personnages de l’histoire, questionner le lecteur, faire appel à son imagination… Elles déclenchent des émotions et des représentations chez l’enfant qu’il est important de faire émerger.
Initier le parcours de lecteur
L’école maternelle est un moment clé pour développer le goût pour la lecture, l’envie d’apprendre à lire avant même de parvenir à déchiffrer les textes. Le programme préconise un temps quotidien de lecture-plaisir, sans questionnement, dont le seul objectif est de développer le plaisir de lire. « L’élève s’acculture ainsi à différents types d’écrits et se forge petit à petit une première culture littéraire ou documentaire qui lui permet de choisir un ouvrage en fonction de critères de plus en plus précis et des goûts qu’il développe. » Le livre devient un objet familier, que l’enfant apprend à manipuler avec soin.
Il appartient à chaque enseignant(e) de choisir les lectures partagées qui vont poser les fondations du parcours de lecteur de l’élève et d’accompagner la construction de ce parcours sur les trois années de maternelle. À terme, l’élève doit pouvoir comprendre et interpréter des textes de manière autonome.
L’importance des textes patrimoniaux et des textes de littérature de jeunesse est rappelée dans le programme. Ces textes sont riches d’expériences et d’enseignements. Les personnages, les liens affectifs que les enfants tissent avec eux, les objets, les lieux de l’aventure, etc., enrichissent leur imaginaire. Les récits les rassurent, les aident à grandir et à mieux comprendre leurs propres émotions. Ils aident à construire des archétypes des personnages fréquemment rencontrés dans la littérature de jeunesse.
Un carnet de lecteur, à quoi ça sert ?
Le carnet de lecteur est un outil individuel et personnel qui permet de garder une trace de son parcours de lecteur sous différentes formes. Loin d’être un cahier d’exercices ou un support d’évaluation, cet espace de création et de production d'écrits permet de :
• Garder une trace de ses lectures sur le long terme.
• Matérialiser le parcours de lecteur de chacun (ce qu’on a lu, ce qu’on a aimé, ce qu’on a ressenti, ce qu’on a compris…).
• S’approprier les œuvres lues. Chaque élève peut construire son propre rapport avec les différentes lectures.
• Se créer une identité de lecteur (avoir des préférences, identifier des personnages de certains albums, apprécier le travail d'un auteur ou d'un illustrateur...).
• Faire des liens entre les œuvres mises en réseau.
• Développer le langage oral. Les temps consacrés au carnet sont des temps de parole : exprimer ses choix, les argumenter, expliquer ses préférences, réaliser des comparaisons entre des albums, partager ses émotions…
• Échanger avec les autres (les pairs, l'enseignant, la famille).
• Faire le lien avec les familles.
• Assurer la continuité du parcours sur le cycle 1 et au CP, dans le cadre de la liaison GS-CP.
D’après Jessica Mazelle, Cultiver le plaisir de la lecture dès la maternelle, collection « Albums à dévorer », Nathan, 2026.
Notre sélection pour donner le goût de la lecture à la maternelle